Épargne et retraite : ces choix prudents que font les femmes par rapport aux hommes, selon le baromètre ViveS-Natixis 2026, pourraient leur coûter très cher

Par Paul Graph - Publié le

En France, un baromètre sur les femmes et l’argent révèle que, à salaire inégal et carrières hachées, leurs choix d’épargne diffèrent nettement de ceux des hommes. Quels risques, mais aussi quels atouts, cette prudence change‑t‑elle pour leur retraite ?

Épargne et retraite : ces choix prudents que font les femmes par rapport aux hommes, selon le baromètre ViveS-Natixis 2026, pourraient leur coûter très cher

En matière d’argent, les femmes ne font pas tout à fait les mêmes choix que les hommes, et les chiffres récents viennent le confirmer. Le dernier baromètre ViveS « Les femmes et l’argent », réalisé avec Natixis Wealth Management et Boursorama, met au jour des écarts qui touchent la carrière, l’épargne et la retraite, avec des conséquences très concrètes sur le patrimoine.

Au départ, filles et garçons semblent partir presque au même niveau d’information : au début des études, 75% des femmes et 72% des hommes n’ont pas une idée très précise du salaire du secteur qu’ils visent, et le critère numéro un reste la passion pour l’activité envisagée. Mais très vite, la réalité financière s’impose et les trajectoires divergent, jusqu’à peser directement sur la façon dont chacun met de l’argent de côté.

Carrière, négociation salariale et capacité d’épargne des femmes

Le baromètre ViveS 2026 parle d’office de «Des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes dans les trajectoires de carrière, la gestion des finances personnelles et la préparation de la retraite.», constatent les auteurs du baromètre ViveS « Les femmes et l’argent » 2026, cité par Capital. Une fois entré dans la vie active, l’écart ne se joue donc plus sur la motivation, mais sur la progression de salaire et les changements de poste.

Les chercheurs soulignent d’ailleurs que «La capacité à faire progresser leur carrière en augmentant la rémunération et en changeant de poste est plus restreinte pour les femmes». Une femme sur trois seulement se sent à l’aise pour demander une augmentation, contre un homme sur deux, 41% disent se sentir légitimes à obtenir une promotion (53% chez les hommes) et 29% à négocier leur salaire à l’embauche, contre 48% des hommes. Moins de hausses et moins de négociations, cela finit par réduire la marge de manœuvre pour épargner chaque mois.

Femmes, épargne et aversion au risque : une prudence marquée

Lorsqu’il s’agit de faire travailler leur argent, les femmes affichent une aversion au risque plus forte. Le baromètre montre qu’elles ont la même volonté que les hommes de placer leur épargne, mais seulement 11% d’entre elles déclarent privilégier le rendement au risque de perdre une partie de leur mise, contre 20% des hommes. Et elles sont trois fois moins nombreuses que ces derniers à investir en Bourse, ce qui limite l’accès, sur le long terme, aux gains potentiels des marchés.

Pour expliquer cette distance vis à vis des placements dynamiques, elles invoquent «un manque de connaissance (38%), la peur de perdre de l’argent (35%) et des revenus insuffisants (34%)». Ce trio de raisons illustre un mélange de sentiment d’illégitimité financière et de contraintes budgétaires plus fortes. Dans les faits, les épargnantes se tournent davantage vers des produits jugés sûrs, comme les livrets réglementés ou les supports garantis, tandis que les hommes sont plus présents sur les actions ou les enveloppes boursières, même si cette prise de risque supplémentaire ne se traduit pas toujours par de meilleurs résultats interressants.

Retraite : une épargne féminine sous tension plus longtemps ?

Un autre point clé du baromètre, souvent oublié, est que les femmes vivent plus longtemps : elles doivent financer en moyenne cinq années de vie supplémentaires par rapport aux hommes. Or, «60% des femmes ne connaissent pas le montant de leur future retraite (52% des hommes), citant comme raison principale l’instabilité des règles de calcul (52%)». Ce manque de visibilité rend plus difficile la construction d’une stratégie d’épargne de long terme, alors même que les carrières sont plus souvent hachées.

Face à ce constat, l’enjeu d’information devient central. Pour Audrey Koenig, directrice générale de Natixis Wealth Management, «pour briser les tabous autour de l’argent et réduire durablement les inégalités entre les femmes et les hommes, nous devons agir sur toutes les étapes de vie des femmes, en leur garantissant dès leur plus jeune âge un accès régulier et fiable à l’information économique». À la clé, l’idée que mieux connaître les mécanismes de l’épargne et de la retraite peut aider les femmes à faire des choix plus diversifiés, plus rentables et plus adaptés à la durée de leur vie financière.

En bref

  • Le baromètre ViveS 2026, mené avec Natixis Wealth Management et Boursorama, met en lumière en France des écarts persistants entre femmes et hommes sur carrière, épargne et retraite.
  • Moins à l’aise pour négocier leur salaire et plus réticentes au risque, les femmes épargnent avec des produits jugés sûrs et préparent une retraite plus longue avec des moyens souvent limités.
  • Entre manque d’information financière, peur de perdre de l’argent et tabous autour de l’épargne, l’enjeu devient de mieux les outiller pour transformer cette prudence en véritable stratégie patrimoniale.