Fichiers de police vendus 150€ : le nouveau scandale de données qui secoue l'État et implique le chanteur Gims

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Après Bobigny et la DGFiP, un policier de Courbevoie est accusé d’avoir vendu des fichiers de la police nationale à un réseau de blanchiment international. De 150 € la fiche à 319 M€ blanchis, que révèlent ces fuites sur la fragilité des données de l’État ?

Fichiers de police vendus 150€ : le nouveau scandale de données qui secoue l’État et implique le chanteur Gims

Après l’agente du fisc de Bobigny accusée d’avoir vendu des informations fiscales à des réseaux criminels, c’est un gardien de la paix de Courbevoie qui se retrouve au centre d’une affaire sensible. Âgé de 36 ans, ce fonctionnaire de la police nationale a été mis en examen à Paris et placé en détention provisoire dans un vaste dossier de blanchiment en bande organisée, association de malfaiteurs et corruption lié à un réseau international. Le chanteur Gims, de son vrai nom Gandhi Djuna, fait partie des personnalités impliquées dans la même procédure.

Les enquêteurs soupçonnent désormais ce policier d’avoir franchi une ligne rouge : l’utilisation de ses accès professionnels pour alimenter ce réseau en informations issues des fichiers de police. Au cœur du dossier, une mécanique bien rôdée de blanchiment estimé à 319 millions d’euros entre 2019 et 2025, et des données sensibles monnayées 150 euros la fiche. Une mécanique discrète, qui pose une question simple : qui surveille vraiment l’accès aux fichiers de l’État ?

Scandale de Courbevoie : un policier accusé d’alimenter un réseau de blanchiment

Ouverte en 2023, l’enquête de l’Office national anti-fraude (ONAF) vise un système de sociétés écrans ayant blanchi près de 319 millions d’euros sur plusieurs années, avec des flux financiers circulant entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Dans ce contexte, le commissariat de Courbevoie apparaît comme l’un des points d’entrée du réseau dans les systèmes d’information étatiques. Le dossier, instruit par la police judiciaire de Paris, met en cause une quinzaine de personnes, parmi lesquelles des chefs d’entreprise et le chanteur Gims, mis en examen pour blanchiment aggravé fin mars 2026.

Le fonctionnaire de 36 ans est accusé d’avoir utilisé son matériel professionnel sécurisé, entre 2023 et 2024, pour consulter illégalement des bases de données de la police nationale. Selon les éléments de l’enquête, il aurait transmis à un proche du réseau des fiches d’immatriculation de véhicules et des informations sur des personnes recherchées, vendues 150 euros pièce pour un gain total estimé à environ 7 000 euros. Une de ces consultations aurait permis de localiser une cible dans le cadre d’un projet d’assassinat. Lors de ses auditions, le policier a reconnu la transmission de données, tout en évoquant une forme de manipulation psychologique et l’absence de difficultés financières, allant jusqu’à dire « Je faisais ça de bon cœur », a-t-il déclaré, cité par Actu-Locale.

Après le fisc, la police : une même faille dans la protection des données de l’État

La justice a retenu des qualifications lourdes à l’encontre du gardien de la paix, qui a fait appel de son incarcération provisoire. En parallèle, l’administration a prononcé sa suspension immédiate et une procédure disciplinaire est engagée pour envisager sa radiation définitive de la police nationale. Les investigations dépassent désormais l’Île-de-France : une seconde interpellation visant un autre fonctionnaire de police a eu lieu en Martinique, signe que le volet « complicités internes » du réseau reste au centre des interogations. La défense du policier de Courbevoie relativise toutefois l’ampleur de ses gains et met en avant un problème plus large de détournement des fichiers administratifs.

Ce dossier intervient alors que l’État est encore marqué par l’affaire d’une agente de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) à Bobigny. Identifiée comme Ghalia C., elle a été écrouée le 30 juin 2025 après avoir été accusée d’avoir vendu à un mystérieux commanditaire des données confidentielles issues du logiciel « Mira », la base interne de la DGFiP. L’enquête a démarré à la suite de l’agression, en septembre 2024, d’un surveillant pénitentiaire dont les coordonnées avaient été obtenues via ces fichiers. Les investigations ont montré un ciblage de gardiens de prison et d’investisseurs en cryptomonnaies, sur un schéma très proche de celui reproché au policier de Courbevoie : exploitation d’un accès légitime, extraction ciblée d’informations personnelles, puis revente à des organisations criminelles.

Pour les enquêteurs, la répétition de ces affaires dans des administrations régaliennes comme la DGFiP et la police nationale illustre une vulnérabilité structurelle des systèmes d’information de l’État. Les organisations criminelles chercheraient à recruter ou à corrompre des agents publics capables de contourner la surveillance des flux financiers et de fournir des renseignements sur leurs cibles. L’accès illégal aux fichiers de police comme le détournement de bases fiscales alimente ainsi un même phénomène : une porosité croissante entre certains services publics et le grand banditisme, avec des conséquences directes sur la sécurité de personnes identifiées dans ces bases, des simples contribuables aux investisseurs en crypto-actifs.

En bref

  • Depuis 2023, une enquête de l’ONAF vise un vaste réseau de blanchiment à 319 M€, où un policier de Courbevoie et plusieurs suspects, dont Gims, sont mis en cause.
  • Le fonctionnaire est soupçonné d’avoir vendu des fiches issues des fichiers de la police nationale, 150 € l’unité, pour localiser des cibles et alimenter un réseau criminel international.
  • Après l’agente de la DGFiP à Bobigny et le logiciel Mira, cette affaire révèle une faille structurelle dans la protection des données de l’État et relance le débat sur la sécurité des citoyens.
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