Voitures thermiques après 2035 : l'Europe fait volte-face sur l'interdiction, voici la nouvelle règle qui change tout

En abaissant à 87,5 % l’objectif CO₂ pour 2035, le Parlement européen a entrouvert la porte à la survie de certains moteurs thermiques neufs. Mais entre moyenne de flotte, crédits d’acier bas carbone et négociations à venir, personne ne sait encore jusqu’où cette faille ira.
Annoncée comme la date de la fin des moteurs essence et diesel neufs en Europe, 2035 est en train de changer de visage. Après avoir fixé en 2023 un objectif de réduction de 100 % des émissions de CO2 des voitures neuves par rapport à 2021, l’Union européenne discute désormais un niveau moins strict. Un vote intervenu début novembre au sein de la commission Environnement, santé publique et sécurité alimentaire du Parlement européen ouvre en effet la porte à un assouplissement des règles.
Le texte adopté propose de ramener l’objectif de réduction à 87,5 % en 2035, contre 100 % prévus jusqu’ici, tout en introduisant un système de crédits lié par exemple à l’utilisation d’acier bas carbone produit dans l’Union. Comme les normes portent sur la moyenne de flotte des émissions de chaque constructeur, cette inflexion pourrait permettre à certains moteurs thermiques de rester au catalogue après 2035, souvent via des hybrides rechargeables. La portée exacte de ce tournant reste pourtant loin d’être évidente.
De l’objectif 100 % à un compromis à 87,5 % : comment l’UE infléchit 2035
Au départ, la trajectoire était claire : le règlement adopté en 2023 fixait pour les voitures particulières et les utilitaires légers une réduction de 100 % des émissions moyennes de CO2 en 2035, par rapport au niveau de référence de 2021 fixé à 95 g/km. Concrètement, seuls les modèles considérés comme « zéro émission » devaient encore pouvoir être immatriculés neufs, à l’exception de quelques cas très spécifiques fonctionnant avec des carburants de synthèse. Dans le même temps, les ventes de véhicules 100 % électriques ont bien accéléré, dépassant déjà les 30 % des immatriculations neuves en France depuis le début de l’année, mais la dynamique reste en retrait par rapport aux ambitions initiales.
Face à ce décalage, la Commission européenne a présenté le 16 décembre 2025 une proposition de révision abaissant à 90 % la cible de réduction pour 2035, tout en introduisant des mécanismes de flexibilité pour les constructeurs. Les objectifs avaient été revu à la baisse lors des négociations politiques suivantes, jusqu’à un compromis interne aux principaux groupes qui retient une réduction de 87,5 % pour les voitures en 2035, complétée par un crédit allant jusqu’à 7,5 % lié à l’utilisation d’acier bas carbone produit en Europe, et une cible de 80 % pour les vans. Ce compromis ajuste aussi les étapes de 2030, avec une réduction de 55 % pour les voitures et de 35 % pour les utilitaires légers par rapport à 2021. Ce texte, soutenu par 48 membres de la commission ENVI contre 30 et 2 abstentions le 4 novembre 2026, doit maintenant être soumis à l’ensemble du Parlement puis discuté avec le Conseil, ce qui signifie que la règle légalement en vigueur reste pour l’instant l’objectif de 100 %. Le tableau ci‑dessous résume les principaux jalons chiffrés en discussion.
| Cadre | Voitures 2030 | Voitures 2035 | Vans 2030 | Vans 2035 |
|---|---|---|---|---|
| Règlement en vigueur | -55 % vs 2021 | -100 % vs 2021 | -50 % vs 2021 | -100 % vs 2021 |
| Projet Commission 2025 | -55 % (inchangé) | -90 % vs 2021 | -50 % (inchangé) | -90 % vs 2021 |
| Compromis ENVI 2026 | -55 % vs 2021 | -87,5 % vs 2021 | -35 % vs 2021 | -80 % vs 2021 |
Thermiques après 2035 : ce que les 87,5 % autoriseraient vraiment
Ces pourcentages restent abstraits tant qu’on ne regarde pas la manière dont ils sont appliqués. Les normes européennes reposent sur une moyenne de flotte : un constructeur doit atteindre en 2035 une baisse de 87,5 % des émissions moyennes de ses voitures neuves par rapport à 2021, en combinant modèles 100 % électriques, hybrides rechargeables et, éventuellement, quelques thermiques. Autrement dit, 87,5 % ne signifie pas qu’il ne restera que 12,5 % de voitures à moteur essence ou diesel ; certains calculs montrent qu’en jouant sur un fort volume de modèles zéro émission, la part de véhicules encore dotés d’un moteur thermique pourrait théoriquement approcher 40 % des ventes, surtout s’il s’agit d’hybrides rechargeables à faibles émissions homologuées.
Dans ce cadre, les offres les plus susceptibles de survivre après 2035 seraient des modèles hybrides rechargeables très sobres sur le cycle officiel, complétés par quelques séries limitées de véhicules 100 % thermiques destinés à des clientèles spécifiques, tant que la moyenne globale de CO2 reste dans les clous. Le compromis mis sur la table lie aussi une partie de la flexibilité accordée aux marques à l’utilisation de composants stratégiques produits en Europe, comme l’acier bas carbone, ce qui oriente les choix industriels sans détailler encore toutes les conditions. Le texte doit encore passer par le vote de l’hémicycle puis par une négociation avec les États membres, et ne modifie ni la circulation ni la revente des véhicules déjà immatriculés, qui continueront à pouvoir rouler au-delà de 2035.
En bref
- Début novembre 2026, la commission ENVI du Parlement européen à Bruxelles a voté un compromis abaissant la cible de réduction des émissions de CO₂ des voitures neuves prévues pour 2035.
- Ce texte ramène l’objectif de -100 % à -87,5 % pour les voitures (et 80 % pour les utilitaires), introduit des crédits liés à l’acier bas carbone européen et repose toujours sur une moyenne d’émissions de flotte.
- Entre survie potentielle de certains moteurs thermiques via les hybrides rechargeables, incertitudes politiques et prochaines négociations avec le Conseil, les contours réels de l’après-2035 restent à clarifier.









