61 millions de tonnes de minerai d’or en Iran : ce gisement géant de Shadan pourrait rebattre les cartes du rial iranien et du cours mondial de l’or

Par Paul Graph - Publié le

En Iran, la mine de Shadan vient d’être validée comme l’un des plus grands gisements d’or du pays. Que cache réellement ce filon de 61 millions de tonnes dans un État sous sanctions et en pleine crise monétaire ?

61 millions de tonnes de minerai d’or en Iran : ce gisement géant de Shadan pourrait rebattre les cartes du rial iranien et du cours mondial de l’or

Un trésor souterrain vient de s’ajouter à la carte de l’or mondial. Dans un pays frappé par les sanctions et en quête d’oxygène économique, la mise à jour d’un immense filon attire autant les regards des géologues que ceux des banquiers centraux.

Les autorités iraniennes ont validé un gisement d’or en Iran présenté comme l’un des plus importants jamais recensés dans le pays : la mine de Shadan, à l’est, renfermerait plus de 61 millions de tonnes de minerai aurifère. Une annonce spectaculaire, qui s’inscrit en plein cœur de la stratégie de Téhéran face à l’isolement financier. Et ce n’est pas qu’une simple histoire de géologie.

Un gisement d’or géant en Iran validé à la mine de Shadan

Dans un communiqué relayé par les médias iraniens, l’agence Fars a résumé l’ampleur de la découverte en expliquant : « Les réserves définitives de la mine d’or de Shadan dans l’est du pays ont connu une hausse significative à la suite de la découverte d’un immense filon d’or », a rapporté l’agence de presse Fars, citée par 20 Minutes. Le ministère iranien de l’Industrie, des Mines et du Commerce a officiellement validé ce nouveau potentiel.

Derrière ce chiffre de 61 millions de tonnes se cache en réalité un mélange de minerais très différents. Selon les données reprises par BDOR, la réserve se compose d’environ 7,95 millions de tonnes de minerai d’oxyde d’or, plus simple à traiter, et de 53,1 millions de tonnes de minerai de sulfure d’or, beaucoup plus complexe à exploiter. La teneur exacte en or pur, exprimée en grammes par tonne, n’a pas été communiquée : sans cette information, impossible d’estimer combien de tonnes d’or fin pourront réellement être extraites de la mine de Shadan.

L’or, arme économique de l’Iran face aux sanctions et à l’effondrement du rial

Cette montée en puissance du secteur aurifère intervient alors que la République islamique subit un régime sévère de sanctions internationales, en particulier sur ses exportations de pétrole. Les secteurs minier et métallurgique sont jugés capitaux pour compenser ces pertes et tenter de relancer une économie étouffée. Le pays exploite déjà une quinzaine de mines d’or, la plus productive étant celle de Zarshouran, dans le nord-ouest, et Shadan vient renforcer encore cet arsenal de ressources.

La stratégie se joue aussi au niveau monétaire. La Banque centrale iranienne figure, d’après son président Mohammadreza Farzin, parmis les cinq banques centrales les plus actives sur le marché mondial de l’or en 2023-2024, même si le volume exact de ses réserves reste confidentiel. Cette politique vise à « diminuer la dépendance de l’Iran aux devises étrangères » et à « renforcer la résilience de l’économie », soulignait le mois dernier le journal économique Donya Eghtesad. « Le marché mondial se tend, les mines s’activent, et l’or devient la monnaie cachée de la guerre économique », a analysé un expert cité par BDOR.

Sur le terrain, l’attrait pour le métal jaune est aussi une question de survie pour les ménages. L’Iran traverse une forte hyperinflation et une dépréciation chronique du rial. Selon les plateformes de référence Bonbast et AlanChand, un dollar s’échange sur le marché noir autour de 1,17 million de rials, tandis qu’un euro atteint environ 1,36 million de rials. Dans ce contexte, le cours local de l’or bat régulièrement des records et l’or est devenu une véritable valeur refuge pour les épargnants iraniens.

Cette ruée vers l’or dépasse les frontières iraniennes. D’autres États sous sanctions ou en quête de souveraineté monétaire cherchent eux aussi à transformer leurs excédents en réserves tangibles, notamment en métal précieux. Faute de données précises sur la quantité d’or pur réellement extractible à Shadan, les analystes restent prudents, mais l’annonce de ce gisement géant pourrait encore alimenter la pression haussière sur le cours international de l’or, déjà soutenu par les achats des banques centrales et les tensions géopolitiques.