Bulle de l'IA : ce mot d'ordre qui a fait s'évaporer 15 milliards de la fortune de Michael Dell en une seule séance

En une journée de Bourse, Michael Dell a vu s’évaporer plus de 15 milliards de dollars, emporté par une vague de doute sur l’intelligence artificielle. Que s’est-il passé pour que le marché retourne ainsi brutalement son jugement ?
En une journée de Bourse, la fortune de Michael Dell a vacillé comme rarement dans sa carrière. Le patron et fondateur de Dell Technologies, devenu l’un des visages de l’euphorie autour de l’intelligence artificielle, s’est retrouvé au cœur d’une séance où l’enthousiasme pour l’IA a viré à la nervosité.
Lundi 14 septembre 2026, l’action Dell Technologies a décroché, emportée par une vague de ventes sur les valeurs liées à l’IA. Résultat : la richesse de Michael Dell a fondu de 15,1 milliards de dollars, soit un peu plus de 14 milliards d’euros, en quelques heures seulement, sur la base des valorisations en temps réel. Tout est parti d’un appel public à « ralentir » l’IA qui a suffi à fissurer le narratif triomphant des derniers mois.
Une seule séance où Dell perd 15 milliards sur fond de panique IA
Ce lundi-là, le titre Dell Technologies a terminé la séance à 534,28 dollars (environ 495 euros), en baisse de 5,82 % par rapport à la veille, après avoir cédé plus de 6 % en cours de journée. Les grands indices américains ont reculé plus modestement, autour de 0,5 % pour le Nasdaq et le S&P 500, signe que la secousse a surtout touché les champions de l’IA et de l’infrastructure de calcul.
Pour Dell, ce repli intervient après un rally spectaculaire : depuis janvier, l’action avait bondi de 321 %, portée par la demande en serveurs équipés de puces Nvidia pour les centres de données dédiés à l’IA. La fortune de Michael Dell, estimée à 261,4 milliards de dollars (environ 242 milliards d’euros) avant la séance, a reculé de 15,1 milliards de dollars sur la journée. Il s’agit d’une perte de richesse « sur le papier », liée à la valeur de sa participation majoritaire, qui l’a fait glisser à la quatrième place du classement des milliardaires en temps réel.
La correction ne s’est pas limitée à Dell. Le même jour, SoftBank, principal bailleur de fonds d’OpenAI, a chuté de plus de 10 % à Tokyo, tandis que les fabricants de semi-conducteurs asiatiques reculaient nettement : SK Hynix a perdu 6,4 %, Samsung Electronics 4,1 % et Kioxia 6,4 %. « Ce recul reflète sans doute la crainte que les régulateurs finissent par imposer eux-mêmes un frein au développement de l’IA », a analysé Dan Baker, de Morningstar, cité par Journal du Coin.
| Actif | Variation du jour | Clôture | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Action Dell Technologies | -5,82 % | 534,28 $ | Après +11 % le vendredi |
| Fortune Michael Dell | -15,1 Md$ | ≈ 246,3 Md$ | Baisse « sur le papier » |
| Nasdaq Composite | ≈ -0,6 % | Séance du 14/09/2026 | Repli plus modéré |
| S&P 500 | ≈ -0,5 % | Séance du 14/09/2026 | Marché global sous pression |
| Dow Jones | ≈ -0,3 % | Séance du 14/09/2026 | Baisse plus limitée |
Ralentir l’IA : de l’essai de Dario Amodei au choc sur Dell
Le mouvement de vente trouve son origine non pas chez Dell, mais dans un texte publié le week-end par Dario Amodei, directeur général d’Anthropic. Dans un essai intitulé We Must Pace the Frontier, il appelle les laboratoires à « caler le rythme » de leurs modèles d’IA les plus avancés, par un ralentissement coordonné de quelques mois afin de mieux évaluer les risques. L’idée n’est pas de stopper l’IA, mais de la canaliser, ce qui pose une question interressante pour les investisseurs : que devient la trajectoire de la demande en calcul si les projets phares se calment temporairement ?
Le signal a été amplifié par d’autres figures de l’IA. Sam Altman, patron d’OpenAI, a soutenu l’appel de Dario Amodei, tandis qu’Elon Musk a résumé sa position en trois mots sur X : « Dario is right. » Dans l’esprit de nombreux opérateurs, ces prises de parole ouvrent la porte à un scénario où la croissance de l’IA resterait forte, mais moins linéaire que prévu, avec des phases de pause imposées par les acteurs eux-mêmes ou par les régulateurs.
Pour une entreprise comme Dell Technologies, c’est un enjeu direct. Le groupe s’est imposé comme un fournisseur clé de serveurs dédiés à l’IA et d’infrastructures pour centres de données. Sur le deuxième trimestre de son exercice 2027, il a réalisé 47 milliards de dollars de chiffre d’affaires (environ 43,7 milliards d’euros), en hausse de 58 % sur un an, dont 16,4 milliards de dollars issus des serveurs IA, un montant qui a doublé en un an. Les projections internes évoquent 74 milliards de dollars de revenus annuels sur ces serveurs optimisés pour l’IA, soit près de 69 milliards d’euros, ce qui illustre à quel point le destin boursier de Dell est désormais lié au rythme réel de déploiement de l’IA.
Dans ce contexte, la « perte » de 15,1 milliards de dollars pour Michael Dell traduit surtout la sensibilité extrême de ce type de valeur au moindre changement de narratif. Les investisseurs ajustent en temps réel ce qu’ils sont prêts à payer pour des années de croissance future, ce qui rend ce genre de séance spectaculaire possible, sans qu’aucune annonce opérationnelle ne soit publiée par l’entreprise concernée.
En bref
- Le 14 septembre 2026 à Wall Street, l’action Dell Technologies décroche et fait vaciller la fortune de Michael Dell de 15,1 milliards de dollars en quelques heures.
- À l’origine du choc, un appel de Dario Amodei et d’autres figures de l’IA à “ralentir” le déploiement des modèles les plus avancés, qui affole les investisseurs exposés aux infrastructures de calcul.
- Derrière cette séance extrême, c’est la dépendance de Dell au boom des serveurs IA et la fragilité du narratif boursier autour de l’intelligence artificielle qui se trouvent mises à nu.





