Crypto : la méthode de cet ex-agent du FBI pour détourner 2,4 millions d'euros depuis les portefeuilles de ses enquêtes

Chargé de traquer les hackers, Patrick Steven Yaroch est accusé d’avoir siphonné 2,47 M$ en cryptos depuis des portefeuilles liés à 35 enquêtes du FBI. Son plaidoyer de culpabilité révèle un risque explosif pour la sécurité des seed phrases détenues par l’État.
Pendant des années, Patrick Steven Yaroch a poursuivi des criminels numériques pour le compte du Federal Bureau of Investigation. En interne, cet agent spécialisé dans les cryptomonnaies avait accès aux clés qui permettaient de déplacer des fonds saisis ou surveillés. Entre 2024 et 2026, il est accusé d’avoir discrètement détourné ces accès pour siphonner des portefeuilles liés à des enquêtes sensibles, au point d’accumuler un butin supérieur à 2,4 millions de dollars. Une bascule spectaculaire, qui transforme un enquêteur fédéral en auteur présumé de l’un des plus importants vols de crypto attribués à un membre du FBI.
Le 5 novembre 2026, Patrick Steven Yaroch, 37 ans, a finalement plaidé coupable de fraude électronique et de blanchiment d’argent devant un tribunal fédéral à Alexandria, en Virginie. D’après le Department of Justice, cet ex-agent du FBI a orchestré près de 100 transferts frauduleux à partir de portefeuilles crypto contrôlés par des cibles d’enquêtes, des acteurs étatiques adverses et même un wallet créé par le Bureau lui‑même, pour un total de 2 474 380,66 dollars, soit un peu plus de 2,3 millions d’euros. Les autorités estiment que ses agissements ont affecté au moins 35 dossiers et compromis des méthodes de renseignement sensibles du FBI. Une histoire de clés privées et de confiance trahie qui ne fait que commencer.
Du bureau de Boston au contre-espionnage, comment l’ex-agent du FBI a basculé
Entre 2017 et le début de 2025, Patrick Steven Yaroch a été affecté à la division de Boston du FBI, au sein d’une équipe chargée d’enquêter sur un Etat étranger que les autorités ne nomment pas. Il a ensuite rejoint la Counterintelligence and Espionage Division, basée à Washington, où il avait accès à des systèmes internes conservant des données d’accès et des phrases de récupération liées à des portefeuilles en cryptomonnaies. Selon le ministère de la Justice, les détournements ont commencé au plus tard en décembre 2024 et visaient des wallets contrôlés par des suspects ou par des acteurs étatiques adverses, mais aussi au moins un portefeuille créé par le FBI dans le cadre d’une opération. Pour transférer les fonds, l’agent utilisait les données d’accès collectées pendant les enquêtes et redirigeait les actifs vers des adresses qu’il contrôlait lui‑même.
Parallèlement, l’enquête montre qu’il préparait une possible installation à l’étranger. Après avoir interrogé ChatGPT sur des idées d’investissements et sur la vie dans l’Union européenne, Patrick Steven Yaroch s’est intéressé au Portugal ; le chatbot lui aurait même suggéré l’achat d’un vignoble. Le 15 juin 2026, il a confié une procuration à des avocats portugais pour obtenir un numéro d’identification fiscale local, étape administrative classique avant une expatriation. Une partie des cryptomonnaies détournées aurait servi à rembourser ses dettes personnelles, pendant que ses projets d’installation en Europe se précisaient en arrière‑plan.
Chiffres clés, mécanisme des vols crypto et conséquences sur les enquêtes
Le dossier fait état d’environ 100 transferts frauduleux liés à 35 enquêtes distinctes, parfois pour de petites sommes, parfois pour des montants beaucoup plus élevés. Patrick Steven Yaroch échangeait les actifs dérobés contre d’autres cryptomonnaies et multipliait les transactions intermédiaires afin de brouiller leur origine, une technique de blanchiment appliquée ici à des actifs numériques. Il a utilisé au moins un portefeuille matériel Trezor, des comptes ouverts sur la plateforme d’échange Kraken ainsi que le protocole de prêt Suilend, accessible via l’application Slush, qu’il disait apprécier pour son logo en forme de goutte d’eau. Une partie des fonds aurait servi à rembourser ses dettes, une autre à alimenter ses projets de départ vers l’Union européenne.
| Date | Événement | Montant ou chiffre | Source |
|---|---|---|---|
| Décembre 2024 | Début des détournements de portefeuilles crypto | Environ 100 transferts, 35 enquêtes | Department of Justice |
| 15 juin 2026 | Procuration pour démarches fiscales au Portugal | Préparation d’une expatriation possible | Department of Justice |
| 29 juillet 2026 | Aveux à un ancien collègue puis au FBI | Une dizaine de transferts admis, < 1 M$ | Affidavit fédéral |
| 31 juillet 2026 | Perquisition, saisie Trezor, passeports, seed phrases | Env. 925 426 $ récupérés (~ 850 000 €) | Affidavit fédéral |
| 5 novembre 2026 | Plaidoyer de culpabilité à Alexandria | 2 474 380,66 $ de produit frauduleux | Department of Justice |
| 4 mars 2027 | Audience de détermination de la peine prévue | Peine maximale encourue : 20 ans | Department of Justice |
Le 29 juillet 2026, avant même l’ouverture officielle d’une procédure pénale, Patrick Steven Yaroch a reconnu ses agissements auprès d’un ancien collègue, puis les a signalés au FBI. Il évoquait alors une dizaine de transferts et un montant inférieur à un million de dollars, très loin des 2,47 millions de dollars aujourd’hui retenus par la justice. Une enquete interne a ensuite permis de remonter le fil des transactions et, le 31 juillet, les agents ont saisi un portefeuille matériel Trezor, trois passeports et plusieurs phrases de récupération, en plus d’avoirs repérés sur Kraken et sur le protocole Suilend via l’application Slush. Ce même jour, environ 925 426 dollars en cryptomonnaies, soit un peu plus de 850 000 euros, ont été transférés vers des portefeuilles contrôlés par le gouvernement américain, une récupération partielle alors que les autorités reconnaissent des dommages durables pour les enquêtes en cours et pour les méthodes de renseignement du FBI ; la peine de Patrick Steven Yaroch doit être prononcée le 4 mars 2027, avec une peine maximale encourue de 20 ans de prison.
En bref
- Entre 2017 et 2026, l’agent du FBI Patrick Steven Yaroch, affecté de Boston à Washington, a eu accès à des portefeuilles crypto liés à des cibles étrangères.
- Il a admis avoir utilisé des credentials et seed phrases internes pour détourner 2,47 M$ via une centaine de transferts, en passant par Trezor, Kraken, Slush et Suilend.
- L’affaire, qui a compromis 35 enquêtes et exposé des méthodes de renseignement, sera jugée définitivement lors de la détermination de sa peine prévue le 4 mars 2027.









