Cryptorapts : la nouvelle vague d'enlèvements violents qui vide votre wallet et le plan de la gendarmerie pour y mettre fin

En France, les cryptorapts explosent et transforment la détention de cryptoactifs en scènes de home-jackings ultraviolents. Gendarmerie, GIGN et UNCyber ont bâti une riposte mêlant unités d’élite et traçage blockchain dont les coulisses restent largement inconnues.
Sur le pas de porte, ce ne sont plus des cambrioleurs en quête de bijoux mais des commandos armés qui exigent une seed ou un code de wallet. En quelques années, les enlèvements liés aux cryptomonnaies, rebaptisés cryptorapts ou « wrench attacks », ont fait irruption dans le paysage sécuritaire français. Les ravisseurs ne cherchent plus une mallette de billets, ils visent des actifs numériques impossibles à rembourser une fois transférés.
Pour le ministère de l’Intérieur, la France « est un peu l’épicentre de ces nouvelles violences », a reconnu Laurent Nuñez dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche. Agressions à domicile, séquestrations de proches, mutilations pour obtenir un transfert : le phénomène a changé d’échelle depuis fin 2024, au point de pousser la gendarmerie nationale à bâtir une stratégie dédiée, digne d’une opération militaire. Sur le terrain comme sur la blockchain.
Agressions crypto : une vague d’enlèvements qui change d’échelle
Le Parquet national anticriminalité organisée et le ministère de l’Intérieur convergent sur un constat : les aggresions et enlèvements liés aux cryptoactifs se multiplient. Vanessa Perré, procureure nationale anticriminalité organisée, rappelle que « 135 faits de ce type ont été recensés depuis 2023 par les forces de l’ordre ». Selon les services spécialisés, un événement lié à la détention de cryptomonnaies survient désormais tous les deux ou trois jours, entre tentatives d’enlèvement, séquestrations express et extorsions sous la menace.
| Période | Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|---|
| 2024 | Enlèvements et extorsions | Une trentaine de cas | Ministère de l’Intérieur |
| 2025 | Enlèvements et extorsions | 45 cas | Ministère de l’Intérieur |
| 2025 | Agressions liées aux cryptos | 67 faits | Ministère de l’Intérieur |
| 2026 (début d’année) | Enlèvements et extorsions | 77 cas | Ministère de l’Intérieur |
| Depuis 2023 | Faits recensés | 135 faits | Parquet anticriminalité organisée |
| Depuis janv. 2026 | Dossiers ouverts | 47 dossiers | Parquet anticriminalité organisée |
Les séries chiffrées diffèrent selon qu’elles comptent les agressions, les enlèvements ou les tentatives, mais toutes racontent la même escalade. Laurent Nuñez parle « de violences commises par des délinquants qui veulent s’emparer de cryptomonnaies en séquestrant les personnes à leur domicile », évoquant aussi des « sortes de home-jackings d’une rare violence avec, parfois, des mutilations afin d’obtenir sous la menace le transfert des cryptomonnaies » et même des « enlèvements de proches ». Les victimes ne sont plus seulement des patrons de plateformes crypto très exposés.
Comment la gendarmerie structure sa riposte contre les cryptorapts
Face à cette industrialisation des wrench attacks, largement facilitée par des fuites de données comme celle de Waltio et des recrutements de petites mains sur Snapchat ou Telegram, la réponse de la gendarmerie s’est structurée. Le colonel Patrick Pegeot, chef de la division des opérations de l’Unité nationale de police judiciaire, résume l’enjeu : « la détention de cryptomonnaies revient à posséder une banque chez soi, mais sans aucune sécurité physique. » D’où un « plan de bataille contre cette délinquance » ; « On traque les chefs de réseaux à l’étranger et leurs ‘petites mains’ en France. On fait mieux travailler les différents services de police et de gendarmerie ensemble. On connaît de mieux en mieux ce phénomène hyperorganisé, qui évolue en permanence », a détaillé Laurent Nuñez.
| Brique | Unité clé | Mission | Détail opérationnel |
|---|---|---|---|
| Pilotage national | Centre national des opérations | Coordonner les interventions | Activation immédiate en cas d’enlèvement |
| Conduite tactique | Groupe de suivi et PC opérationnel | Bâtir la manœuvre | Plan multi-sites pour éviter les fuites |
| Surveillance | GIGN – Force observation recherche | Suivre ravisseurs et otages | Drones thermiques, filatures discrètes |
| Intervention | GIGN – Force intervention | Libérer les otages | Environ 50 militaires et 14 antennes |
| Traçage crypto | UNCyber – groupe cryptoactifs | Suivre et geler la rançon | Analyse blockchain, démixing, exchanges |
| Judiciarisation | UNPJ et sections de recherches | Dossiers pénaux | 88 mis en examen, 12 informations |
Sur le terrain, le lieutenant-colonel Bastien, qui commande la Force intervention du GIGN, rappelle que « le point majeur reste le même : localiser le plus rapidement les malfaiteurs et les otages, puis intervenir très rapidement. » Il décrit l’assaut comme « un rouleau compresseur », pensé pour sidérer les ravisseurs avant qu’ils ne puissent s’en prendre à l’otage. Pendant que ces colonnes se déploient, un enquêteur du groupe cryptoactifs de l’UNCyber reste au poste de commandement, épaulé par un collègue basé à Pontoise qui suit la rançon en temps réel sur la blockchain et coordonne le blocage avec les plateformes, y compris en pratiquant le démixing des fonds.
Le 13 avril 2026, dans l’Yonne, cette mécanique a permis de libérer en moins de 24 heures une mère et son fils, enlevés contre une rançon de 400 000 euros en cryptomonnaies, alors que le père détenait environ 450 000 dollars, soit un peu plus de 400 000 €, en staking. Les droits de gestion du wallet ont été bloqués, une première saluée jusque dans les échanges internationaux, et huit suspects ont été interpellés. En parallèle, le dispositif d’alerte lancé au printemps 2026 pour la filière crypto, auquel 724 acteurs sont inscrits en hausse de 11 %, a déjà conduit à environ 200 interpellations, parfois en quelques heures seulement comme dans un dossier récent dans la Somme. « Le partage de renseignement est fondamental et extrêmement efficace », a insisté Laurent Nuñez devant l’Association pour le développement des actifs numériques, alors que les commanditaires étrangers demeurent le maillon le plus fragile d’une riposte encore en construction.
En bref
- Depuis 2023, 135 faits liés aux cryptomonnaies ont été recensés en France, poussant la gendarmerie nationale et le ministère de l’Intérieur à traiter les cryptorapts comme une priorité d’ordre public.
- Une chaîne de réponse type raid mobilise Centre national des opérations, GIGN, UNCyber et UNPJ pour localiser les otages, intervenir très vite et suivre les rançons en temps réel sur la blockchain.
- Entre opération éclair dans l’Yonne, dispositif d’alerte crypto et maillon faible des commanditaires à l’étranger, la riposte française se renforce mais laisse encore des zones d’ombre.








