Oléoduc saoudien attaqué, détroit d'Ormuz bloqué : le cocktail explosif qui pourrait bientôt amener votre carburant à 3€ le litre

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Oléoduc saoudien attaqué, détroit d’Ormuz bloqué : le cocktail explosif qui pourrait bientôt amener votre carburant à 3€ le litre

Attaques de drones sur un oléoduc saoudien, détroits stratégiques sous tension et baril au-delà de 100 € affolent marchés et automobilistes européens. Jusqu’où cette chaîne géopolitique peut-elle pousser le prix de l’essence et que permet vraiment la loi sur les bidons ?

Un oléoduc stratégique frappé par des drones, des détroits clés sous pression et un baril de brut qui s’installe au-dessus des 100 € environ : le cocktail inquiète autant les marchés que les automobilistes européens. Derrière ces tensions au Moyen-Orient, une question revient avec insistance sur les parkings de station-service : jusqu’où le prix du pétrole, et donc celui de l’essence, peut-il monter dans les prochaines semaines ?

Depuis le 11 septembre, l’oléoduc Est-Ouest qui traverse l’Arabie saoudite, l’une des dernières routes permettant de contourner le détroit d’Ormuz, est à l’arrêt après une attaque de drones attribuée à des milices pro-iraniennes opérant depuis l’Irak. Pendant ce temps, l’Iran a non seulement bloqué le détroit d’Ormuz depuis fin février, mais il a aussi pris le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des quatre principaux passages maritimes mondiaux pour les pétroliers. Les prochaines semaines s’annoncent décisives.

Tensions au Moyen-Orient : oléoduc saoudien à l’arrêt et fret pétrolier en surchauffe

L’oléoduc Est-Ouest, contrôlé par l’Arabie saoudite, permet d’acheminer vers la mer Rouge une part importante du brut extrait dans le Golfe sans passer par Ormuz, un point de passage déjà ultra-sensible. Depuis sa mise à l’arrêt, le cours du pétrole brut s’inscrit à la hausse, avec un baril autour de 109 dollars, soit un peu plus de 100 € le baril. Selon le compte The Hormuz Letter sur le réseau X, Saudi Aramco aurait annulé « l’ensemble des allocations de pétrole brut à destination de l’Europe pour le mois de septembre », puis décidé « la suppression de toutes les cargaisons dont le chargement était prévu à partir de la fin septembre », rapporte Cryptoast. L’Arabie saoudite se retirerait ainsi de fait du marché européen au moins jusqu’à fin octobre, alors que ce flux représente entre 4 et 5 % de l’offre mondiale.

Problème supplémentaire, les stocks de pétrole au port de Yanbu, sur la mer Rouge, ne couvraient que 5 à 7 jours d’exportations au moment de l’arrêt du pipeline. Le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright assure que l’oléoduc pourrait redémarrer dans les prochains jours, mais des spécialistes interrogés par Reuters évoquent plutôt 5 à 6 semaines de travaux avant un retour complet, même si une reprise partielle reste possible. En parallèle, le coût d’affrètement quotidien d’un navire transportant du pétrole de l’intérieur du Golfe persique vers la Chine vient de dépasser le seuil symbolique du million de dollars, soit un peu moins d’un million d’euros, selon la Baltic Exchange, car « la guerre avec l’Iran a fortement réduit le nombre de navires disposés à traverser le détroit d’Ormuz pour venir charger leurs cargaisons », explique Bloomberg. Autrement dit, la logistique se renchérit, ce qui nourrit directement la hausse des prix des carburants.

Période Événement Canal affecté Indicateur clé Impact potentiel
11 septembre Attaque de drones sur oléoduc Est-Ouest Pipeline Arabie saoudite 109 $/baril (~100 €) Hausse du brut, nervosité
Mi-septembre Fermeture prolongée de l’oléoduc Route de contournement d’Ormuz 4-5 % de l’offre mondiale Risque de pénurie en Europe
Au moment de l’arrêt Stocks limités au port de Yanbu Terminal mer Rouge 5-7 jours d’exportations Point de bascule possible
Prochaines semaines Réparations estimées sur 5-6 semaines Infrastructure saoudienne Reprise partielle possible Tension durable sur le brut
Actuellement Fret Golfe-Chine au plus haut Route maritime via Ormuz > 1 M$ par jour Répercussion sur prix carburants

Records à la pompe et ruée sur les bidons : ce que la loi autorise vraiment

En France, la hausse du prix de l’essence se voit déjà officilement à la pompe. Le litre de sans-plomb 95-E10 a atteint 2,11 € en moyenne à la fin de la semaine dernière, un record depuis que ces données sont suivies par l’État, soit 1985. Le sans-plomb 95-E5 s’affiche autour de 2,17 € et le gazole, carburant le plus consommé, à 2,29 € en moyenne, très proche de son record de 2,31 € atteint en avril, détaille RMC. Cette nouvelle flambée intervient alors que l’Iran bloque le détroit d’Ormuz depuis fin février et contrôle désormais Bab el-Mandeb. Certains spécialistes n’écartent pas l’hypothèse d’un litre de carburant à 3 € si les tensions persistent. De nombreux automobilistes tentent donc de limiter la facture, en allant par exemple se ravitailler en Espagne, où le gazole se vend autour de 1,70 € et le sans-plomb 95 à 1,80 €, soit près de 50 centimes de moins qu’en France, ce qui représente une économie d’une trentaine d’euros par plein.

Autre réflexe observé dans certaines stations-service : les bidons que l’on remplit « au cas où ». « Depuis que ça a beaucoup augmenté en France, je suis là toutes les deux semaines », confie un automobiliste interrogé par TF1, cité par RMC. La loi française reste pourtant stricte. Selon l’avocat en droit routier Michel Benezra, « Il n’est possible de mettre cinq litres dans un jerrican qu’à condition d’être en panne. Si c’est par précaution, c’est interdit », rappelait-il à TF1 Info. Il ajoute qu’ »il n’est pas possible de transporter l’essence dans n’importe quelle bouteille: il faut des jerricans homologués », les carburants étant des « matières dangereuses ». Les contenants doivent afficher la mention « ONU » et une capacité maximale de 60 litres, et pour le stockage à domicile, la quantité d’essence doit rester inférieure à 20 litres, dans des bidons « entreposés loin des maisons et des sources de chaleur ». Ce cadre strict ne s’applique pas aux professionnels « en mesure de justifier de leur activité et de la nécessité pour eux de bénéficier d’un apport de carburant sous cette forme », mais tout automobiliste qui contourne un éventuel arrêté préfectoral interdisant le remplissage de bidons s’expose, au titre de l’article R610-5 du Code pénal, à une contravention de deuxième classe, jusqu’à 150 € d’amende et une possible confiscation du jerrican.

Situation Autorisé ? Volume max Conditions Sanction/Remarque
Panne ou dépannage urgent Oui 5 litres Jerrican homologué « ONU » Transport personnel uniquement
Remplir un bidon « au cas où » Non Interdit Risque de refus à la pompe Possible amende si arrêté local
Stockage à domicile (particulier) Oui, encadré Moins de 20 litres essence Bidons homologués, loin de la chaleur Risque incendie accru
Professionnels avec besoin prouvé Oui Selon activité Justifier l’usage et le transport Cadre spécifique, contrôles possibles
Non-respect d’un arrêté préfectoral Non — Remplissage de bidon interdit Jusqu’à 150 € d’amende, confiscation

En bref

  • Depuis l’attaque de drones du 11 septembre contre l’oléoduc Est-Ouest saoudien et le blocage des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, le baril dépasse les 100 € et l’Europe redoute des tensions durables.
  • Cette combinaison de routes maritimes fragilisées, d’annulations de cargaisons vers l’Europe et de fret au-delà de 1 M$ par jour se traduit déjà par des records à la pompe en France et une ruée vers les bidons.
  • Entre risque de litre à 3 €, règles strictes sur les jerricans (5 L en cas de panne, stockage limité à 20 L, amende possible de 150 €) et incertitudes sur la durée des réparations, les prochaines semaines s’annoncent décisives pour les automobilistes.
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