Factures d'énergie : ce chiffre choc révèle que 26% des Français sont précaires, bien au-delà des seuils de pauvreté officiels

À Roubaix, Virginie fait face à 250 euros de chauffage par mois, symbole de Français étranglés par les factures d’énergie. Un baromètre Ipsos–Secours populaire révèle qu’en 2026, 26 % de la population se dit précaire, mais jusqu’où cette spirale peut-elle s’étendre ?
« Cette année c’est devenu très compliqué. Je suis arrivée à 250 euros par mois (pour le chauffage) donc ça commence à faire mal », a témoigné Virginie, 51 ans, qui vit à Roubaix dans le Nord de la France. Pour cette habitante du Nord, la ligne chauffage de la facture mensuelle est devenue centrale, au point de forcer des arbitrages sur le reste du budget. À l’approche de l’hiver, cette flambée des prix de l’énergie ne touche pas seulement quelques foyers isolés : derrière les radiateurs baissés, beaucoup de ménages jonglent désormais avec chaque euro dépensé.
Un baromètre réalisé au printemps 2026 par Ipsos pour le Secours populaire français, auprès de 10 000 personnes dans dix pays d’Europe, montre l’ampleur du phénomène. 26 % des Français se déclarent aujourd’hui en situation de précarité, soit six points de plus en un an, contre 29 % des Européens (+1 point). Les ménages pointent d’abord des revenus jugés insuffisants, puis le poids des dépenses imprévues et des problèmes de santé. Mais que met-on exactement derrière ce mot de précarité qui revient partout ?
26 % de Français précaires : un baromètre qui change d’échelle
Selon l’étude, 71 % des Européens estiment que leurs revenus ne suffisent pas, loin devant les dépenses imprévues (32 %) et les problèmes de santé physique (20 %). En France, 40 % des actifs jugent que leur travail ne permet plus de couvrir l’ensemble de leurs dépenses, soit dix points de plus en un an, et 18 % disent vivre à découvert, en hausse de trois points. Ce ressenti s’inscrit dans une tendance durable à la fragilisation des budgets, alors même que l’emploi se maintient statistiquement.
« On voit que la précarité s’installe de façon assez durable, malheureusement, au niveau européen », a expliqué Christelle Craplet, directrice des affaires publiques d’Ipsos BVA, lors d’une conférence de presse à Bruxelles, disant relever aussi « un sentiment de déclassement assez significatif dans la population européenne », ainsi que « beaucoup d’angoisse pour l’avenir ». Ce sentiment ne recoupe pas exactement la pauvreté monétaire mesurée par l’Insee, qui recense 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de 1 337 euros par mois pour une personne seule, soit 15,4 % de la population. Le taux grimpe à 36,1 % chez les chômeurs, 34,0 % pour les familles monoparentales, 18,4 % chez les indépendants, contre 6,9 % seulement chez les salariés.
Factures d’énergie, chauffage, carburant : un quotidien sous tension
Sur le terrain, cette fragilité se traduit d’abord par les factures d’énergie. D’après le baromètre de 2026, un quart des Français a déjà renoncé à des dépenses essentielles – alimentation ou santé – pour payer l’électricité ou le gaz, et 53 % déclarent avoir volontairement limité leur chauffage à moins de 18 °C afin de réduire la note. 79 % jugent que ces factures pèsent fortement dans leur budget, dont 17 % pour qui ce poids est « très élevé ». Pour faire le plein d’essence, 28 % des Français disent avoir renoncé à des soins ou à une alimentation saine, et 38 % des Européens affirment avoir fait des sacrifices « souvent » ou « parfois » pour régler leurs factures d’énergie, 34 % pour payer le carburant. « Trop de Français sont contraints de renoncer à certaines dépenses essentielles, parfois même les plus élémentaires comme se nourrir ou se chauffer », résumait l’an passé Étienne Mercier, directeur chez Ipsos Public Affairs.
| Indicateur lié à l’énergie | France / Europe 2026 | Focus ménages précaires | Lecture concrète |
|---|---|---|---|
| Factures d’énergie jugées « élevées » | 79 % des Français | Tension partagée, au-delà des seuls pauvres | L’énergie grignote une large part des revenus |
| Poids « très élevé » des factures | 17 % des Français | Budget déjà très contraint | Risque accru d’impayés et d’endettement |
| Renoncement à des dépenses essentielles | 26 % des Français | 51 % des personnes précaires | Manger ou se soigner passe après payer l’énergie |
| Sacrifices pour payer le carburant | 28 % des Français | 54 % des ménages précaires | Se déplacer pour travailler devient un coût critique |
| Inquiets face au prix du carburant | 71 % des Français | Anxiété encore plus forte chez les précaires | Déplacements, loisirs, visites familiales remis en cause |
| Bien informés sur les aides existantes | 32 % des répondants | 27 % des personnes précaires | Des droits mal connus, aides parfois non demandées |
Cette pression ne reste pas sans effet sur la santé. 75 % des personnes interrogées rapportent au moins une conséquence sur leur santé ou leur bien-être, qu’il s’agisse de fatigue accrue ou de troubles du sommeil, et 33 % disent avoir peiné à garder leur logement frais lors du dernier été. Pour beaucoup, se chauffer, se déplacer ou manger équilibré devient une question dificile à arbitrer chaque mois, alors que 86 % des Européens se déclarent inquiets pour l’ensemble de leurs factures d’énergie et 63 % pour la hausse du prix du carburant (71 % en France). Pour Camille Vega, secrétaire national du Secours populaire, toutes ces données montrent « combien la situation des citoyens d’Europe se dégrade aujourd’hui », et illustrent la nécessité de se mobiliser « pour bâtir un monde plus juste et plus solidaire ».
En bref
- Au printemps 2026, le baromètre Ipsos–Secours populaire mené dans dix pays européens révèle que 26 % des Français se déclarent en situation de précarité.
- Factures d’énergie et prix du carburant pèsent si lourd que de nombreux ménages, comme cette habitante de Roubaix facturée 250 € de chauffage par mois, renoncent à des dépenses essentielles.
- Derrière ces chiffres, se dessine une France où la difficulté à se chauffer ou se déplacer affecte la santé, la vie familiale et nourrit un profond sentiment de déclassement.






