Impôts hauts revenus : cette taxe CDHR méconnue qui s'ajoute à la CEHR et piège les revenus du PFU

Depuis la loi de finances 2025, certains foyers très aisés voient s’additionner CEHR et nouvelle CDHR sur leurs revenus du capital. Qui risque cette double facture fiscale liée au PFU et à l’acompte de décembre ?
Vous pensiez avoir identifié toutes les contributions qui frappent les très hauts revenus ? Depuis plus de dix ans, les contribuables les plus aisés sont familiers de la Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, la fameuse CEHR. Avec la loi de finances pour 2025 est pourtant apparue une nouvelle contribution, beaucoup plus technique : la Contribution différentielle sur les hauts revenus, pour CDHR. Résultat, certains foyers découvrent qu’ils peuvent être redevables des deux dispositifs la même année.
Pour Delphine Parigi, avocate associée chez DPZ Avocats, il ne faut pas voir la CDHR comme une simple surtaxe supplémentaire : « Son objectif n’est pas de taxer davantage les hauts revenus, mais de garantir qu’ils supportent un niveau minimal d’imposition de 20 % sur leurs revenus », explique-t-elle à Capital.
Dans les grandes lignes, la CEHR reste une surtaxe qui vient s’ajouter à l’impôt sur le revenu, tandis que la CDHR joue le rôle de mécanisme de rattrapage pour assurer un taux d’imposition moyen d’au moins 20 %. Sur le plan juridique, ces deux contributions n’ont pas le statut de taxes autonomes : elles ont la nature d’un impôt sur le revenu, adossé au revenu fiscal de référence du foyer. Avec la montée des revenus du capital et du prélèvement forfaitaire unique, cette superposition de règles rend la facture finale parfois difficile à anticiper. Surtout lorsque l’on croit, à tort, être définitivement protégé par le prélèvement forfaitaire unique.
CDHR et CEHR : deux mécanismes pour encadrer les hauts revenus
La CEHR existe depuis 2012. Elle s’applique lorsque le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 euros pour une personne seule ou 500 000 euros pour un couple. Son taux est de 3 % ou 4 % selon le niveau de revenu et elle vient s’ajouter à l’impôt sur le revenu déjà calculé. Pour les foyers concernés, il s’agit donc d’une surtaxe stricto sensu, déclenchée automatiquement dès que les seuils de revenu sont franchis.
Instaurée par la loi de finances pour 2025 et codifiée à l’article 224 du Code général des impôts, la CDHR poursuit une logique différente. Elle ne consiste pas à appliquer un nouveau taux sur les revenus, mais à vérifier si, après prise en compte de l’impôt sur le revenu, de la CEHR et des autres impositions de type impôt sur le revenu, le contribuable atteint bien un taux minimal de 20 %. Si ce n’est pas le cas, une contribution complémentaire est calculée pour combler l’écart. Pour ce calcul, l’administration part d’un revenu fiscal de référence ajusté, qui lisse certains revenus exceptionnels et exclut des catégories de revenus. La CDHR vise les foyers dont ce revenu ajusté dépasse 250 000 euros pour une personne seule ou 500 000 euros pour un couple, avec un mécanisme de décote qui fait monter en charge le taux plancher autour de 330 000 et 660 000 euros. Les statistiques de l’Insee montrent que, parmi les très hauts revenus, les revenus de capitaux mobiliers représentent plus de la moitié du revenu total, ce qui éclaire le ciblage de la CDHR sur les foyers dont les revenus proviennent majoritairement du capital.
Quand la CDHR s’ajoute à la CEHR : le rôle décisif du PFU
Tous les contribuables soumis à la CEHR ne sont pas automatiquement concernés par la CDHR. Un cadre dirigeant percevant essentiellement des salaires dépasse souvent déjà un taux effectif d’imposition supérieur à 20 %, uniquement avec l’impôt sur le revenu et, le cas échéant, la CEHR. Il paie donc cette contribution exceptionnelle, sans forcément devoir la CDHR. À l’inverse, les profils dont les revenus proviennent surtout des dividendes, des plus-values mobilières, des rachats d’assurance-vie ou de certaines cessions d’actifs sont beaucoup plus exposés, car ces revenus sont fréquemment soumis au prélèvement forfaitaire unique.
| Critère | CEHR | CDHR | Impact sur le cumul |
|---|---|---|---|
| Objectif | Surtaxe sur les très hauts revenus | Plancher d’imposition à 20 % | La CDHR complète l’IR malgré la CEHR |
| Seuils de revenu | RFR supérieur à 250 000 € ou 500 000 € | RFR ajusté au-delà de 250 000 € ou 500 000 € | Même seuils d’entrée, mais calculs différents sur le revenu |
| Base de calcul | Revenu fiscal de référence du foyer | Revenu fiscal de référence ajusté et lissé | Un même revenu brut peut donner deux CDHR différentes |
| Taux appliqués | Taux additionnels de 3 % ou 4 % | Complément pour atteindre un taux moyen de 20 % | La CEHR peut ne pas suffire à atteindre 20 % |
| Profils typiques | Hauts salaires, revenus mixtes travail et capital | Revenus dominés par dividendes, plus-values, assurance-vie | Probabilité élevée de cumul CEHR plus CDHR sur ces profils |
Pour ces investisseurs ou dirigeants, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) est composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. Mais, pour apprécier le seuil de 20 % prévu par la CDHR, l’administration ne retient pas les prélèvements sociaux : seule la fraction de 12,8 % assimilée à l’impôt sur le revenu compte vraiment. « Le PFU n’exonère ni de la CEHR ni, le cas échéant, de la CDHR », résume Delphine Parigi. Dans ce cas de figure, un contribuable peut, la même année, verser l’impôt sur le revenu compris dans le PFU, les prélèvements sociaux, la CEHR puis, si son taux minimal de 20 % n’est toujours pas atteint, une CDHR complémentaire. Les chiffres publiés par les praticiens sont parlants. Un foyer présentant 800 000 euros de revenu fiscal de référence supporte par exemple 9 000 euros de CEHR, mais doit en plus une CDHR de 31 074 euros, soit plus de 40 000 euros au total. Dans un autre cas simplifié, un contribuable célibataire percevant 300 000 euros de dividendes soumis au PFU doit verser un acompte de CDHR de l’ordre de 20 000 euros, avant régularisation lors de sa déclaration de revenus.
Pourtant, cette contribution reste largement méconnue. Les modalités pratiques ont été publiées tardivement, le téléservice n’a ouvert que début décembre et les contribuables n’ont eu qu’une quinzaine de jours pour calculer et verser un acompte représentant 95 % de la contribution estimée. Résultat, nombre de foyers très aisés n’ont pas identifié à temps leur nouvelle obligation déclarative et découvrent aujourd’hui qu’ils étaient concernés. Les premières remontées budgétaires montrent d’ailleurs que la CDHR rapporte nettement moins que les 1,9 milliard d’euros initialement prévus, avec environ 400 millions d’euros encaissés en 2025 selon une note de l’administration fiscale. Pour Delphine Parigi, le principal piège tient au fait qu' »Il ne s’agit plus d’appliquer un taux à une base imposable, mais de reconstituer un calcul complexe à partir de multiples paramètres ». Entre revenu fiscal de référence ajusté, revenus exclus, mécanismes de lissage et traitement partiel de certains revenus exceptionnels, deux contribuables à revenu global comparable peuvent finalement acquitter des montants de CDHR très différents, ce qui pousse les dirigeants et investisseurs interessés à anticiper soigneusement leurs arbitrages de dividendes ou de plus-values.
En bref
- En France, la CEHR mise en place en 2012 et la CDHR créée par la loi de finances pour 2025 ciblent les foyers très aisés dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 ou 500 000 euros, notamment lorsque leurs revenus viennent du capital soumis au PFU.
- La CEHR agit comme une surtaxe de 3 % ou 4 % sur le revenu fiscal de référence, tandis que la CDHR complète l’imposition pour garantir un taux moyen d’au moins 20 % sur un revenu ajusté, ce qui entraîne un cumul fréquent chez les contribuables fortement rémunérés en dividendes, plus-values et assurance-vie.
- Avec un téléservice ouvert tardivement, un acompte de 95 % à verser début décembre et un calcul complexe basé sur un RFR ajusté, de nombreux dirigeants et investisseurs risquent une mauvaise surprise s’ils n’anticipent pas leurs arbitrages patrimoniaux et leurs simulations d’impôt.







