Inflation alimentaire : pourquoi votre ticket de caisse va bientôt grimper même si tout semble calme en rayon

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Inflation alimentaire : pourquoi votre ticket de caisse va bientôt grimper même si tout semble calme en rayon

Annoncée comme inévitable par les experts, la hausse des prix alimentaires revient hanter les supermarchés français dès la fin de l’hiver. Pourquoi surviendra-t-elle plus tard qu’en Europe, et quels rayons pourraient encaisser les premières augmentations ?

Dans les rayons, rien ne bouge ou presque : les tickets de caisse n’ont pas repris leur ascension, après les 20% de hausse cumulée des dernières années. Cette accalmie donne le sentiment que la tempête inflationniste appartient au passé. Pourtant, les signaux venus des champs, des mers et des routes commerciales racontent une autre histoire. Pour plusieurs experts, le retour de l’inflation sur l’alimentation n’est plus une hypothèse mais une certitude.

Entre tensions géopolitiques, aléas climatiques et mécanique très particulière des négociations commerciales françaises, le scénario qui se dessine est celui d’une remontée progressive des prix dans les supermarchés français. Une hausse attendue plus tard que chez la plupart de nos voisins européens et annoncée comme nettement plus modérée que le choc de 2022-2023, mais qui pèse déjà sur l’état d’esprit des menages. Reste à comprendre quand elle arrivera et quels produits seront en première ligne.

Retour de l’inflation alimentaire : un choc annoncé mais retardé en France

La formule est sans ambiguïté : « Une pluralité de facteurs météorologiques et géopolitiques qui s’entrechoquent la rendent inévitable », analyse John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, interrogé par BFMTV. L’économiste pointe la canicule en Europe, le phénomène El Niño en Asie, en Australie et dans certaines régions du continent américain, mais aussi la guerre entre la Russie et l’Ukraine ou encore les perturbations autour du détroit d’Ormuz, autant d’éléments qui renchérissent les coûts de production et de transport de nombreux aliments.

Dans le même temps, les prix alimentaires restent globalement stables en grande distribution. Emily Mayer, directrice d’études chez Circana, constate que la moyenne des étiquettes est « stable, voire en légère déflation ». Pour David Lecomte, directeur Insight Consommateur chez NielsenIQ, « Seuls certains marchés recommencent à être inflationnistes », comme les eaux en bouteille, tirées vers le haut par l’explosion des prix du plastique, ou encore les fruits et légumes marqués par la sécheresse. Alors que dans d’autres pays européens on observe déjà une inflation alimentaire autour de 1,5% à 2%, en France la hausse est décalée : les industriels de l’agroalimentaire ne présentent leurs demandes de revalorisation tarifaire aux enseignes qu’à partir du mois de novembre, et les discussions peuvent se poursuivre jusqu’à la date butoir du 1er mars. Tant que ces contrats annuels ne sont pas signés, la nouvelle donne de coûts ne se répercute pas sur les rayons, d’où un décalage de plusieurs mois entre la tension sur les matières premières et le ticket de caisse.

Quels produits vont augmenter et dans quelles proportions dans les supermarchés français ?

Pour l’instant, les foyers voient surtout quelques hausses ciblées. Les bouteilles d’eau ont renchéri, les distributeurs ayant accepté de passer très vite les surcoûts liés au plastique afin d’éviter des pénuries en plein été. Les fruits et légumes subissent l’effet des récoltes amputées par la sécheresse : au début du mois d’août, le taux de rupture des salades en sachet a atteint 20%, un niveau inédit dans l’alimentaire, rappelle David Lecomte. Ces premières tensions sont pour l’heure compensées par la baisse des cours du café et du cacao après la flambée de 2024 et 2025, ce qui maintient le niveau moyen des prix sous contrôle.

Période Ce qui se passe sur les prix Rayons concernés Facteur dominant À surveiller
Aujourd’hui Prix moyens stables ou légère déflation Quelques hausses ciblées Compensation baisses café et cacao Promos, formats, début de ruptures
Fin d’année Premiers effets des hausses négociées Eaux, fruits et légumes Climat, coût du plastique Ruptures, limitation de références
Après le 1er mars Nouveaux tarifs appliqués progressivement Plus d’aliments transformés Contrats agro-industriels annuels Évolution du ticket de caisse
Printemps prochain Hausse moyenne attendue de 2% à 2,5% Conserves, surgelés, laitier, emballés Alimentation animale, emballages, transport Passage au-dessus de 3% sur certains

Les projections des cabinets spécialisés suggèrent toutefois un basculement plus net à partir du printemps prochain. À compter du mois d’avril, une fois les négociations bouclées, l’inflation devrait gagner les fruits et légumes conservés ou surgelés, les produits laitiers, pénalisés par le renchérissement de l’alimentation animale, ainsi que tous les produits pour lesquels le coût de l’emballage pèse lourd. Circana anticipe une hausse moyenne des prix alimentaires comprise entre 2% et 2,5%, un niveau jugé bien inférieur à celui de 2022 et 2023 en raison de chocs « moins abrupts et généralisés qu’au moment de la guerre en Ukraine » selon David Lecomte et parce que « tous les maillons de la chaîne vont devoir prendre un peu sur eux afin d’éviter une baisse drastique des volumes », explique Emily Mayer.

Les consommateurs, eux, n’ont pas oublié environ 20% de hausse accumulée ces dernières années. Un sondage réalisé par Circana au début de l’été montre qu’une personne sur deux déclare qu’au-delà de 3% d’inflation alimentaire, elle modifierait ses quantités ou ses choix de produits. Dans les segments où ce seuil serait franchi, les acteurs s’attendent à une contraction des volumes, à une montée des marques de distributeur et à une modération des achats de produits sous signe de qualité, un scénario déjà observé après 2022-2023. Dans plusieurs pays européens, la hausse est déjà plus marquée : en Grèce, l’inflation a atteint 3,3% en juillet sur un an, tandis que les prix de l’alimentation et des boissons non alcoolisées ont progressé de 2,7% sur un an en juin, selon Eurostat et l’office des statistiques national Elstat. Pour y répondre, le gouvernement a imposé des baisses moyennes de 9,5% sur plus de 1.700 produits jusqu’à la fin de l’année, une mesure qui concerne « des produits de première nécessité et les fournitures scolaires à l’approche de la rentrée, apporte un soulagement aux ménages et aux citoyens confrontés au coût élevé de la vie », a souligné le ministre grec du Développement Takis Theodorikakos. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a salué le dispositif en parlant d’un « soulagement » et en rappelant que « Ce n’est pas la solution à tous les problèmes qui pèsent aujourd’hui sur le budget des familles. Mais c’est un soulagement concret ». Un nouveau bouleversement que les distributeurs comme les industriels français ont intérêt à éviter.

En bref

  • En France, après une accalmie des étiquettes malgré 20 % de hausse cumulée, les experts annoncent pour fin 2026 et le printemps 2027 un retour de l’inflation alimentaire lié au climat, à la géopolitique et au calendrier des négociations commerciales.
  • Les hausses devraient d’abord toucher l’eau en bouteille et les fruits et légumes, avant de s’étendre au printemps aux conserves, surgelés et produits laitiers, pour une progression moyenne des prix limitée entre 2 % et 2,5 % selon Circana.
  • Avec un seuil de 3 % au-delà duquel un consommateur sur deux se dit prêt à changer ses achats, la grande distribution redoute un scénario de baisse des volumes et de ruée vers les marques de distributeur, déjà observé chez certains voisins européens comme la Grèce.
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