PER et non-coté : la question que votre conseiller déteste mais qui peut sauver votre épargne d'un blocage de 10 ans

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Rendus obligatoires dans de nombreux PER, les fonds non cotés séduisent par leurs performances mais peuvent bloquer votre capital dix ans. Avant de signer avec votre CGP, quelques questions simples changent pourtant tout.

PER et non-coté : la question que votre conseiller déteste mais qui peut sauver votre épargne d’un blocage de 10 ans

Le non-coté s’invite de plus en plus souvent dans les rendez-vous avec votre conseiller en gestion de patrimoine, surtout quand il s’agit de préparer la retraite. Entre promesse de rendement élevé et discours sur le financement de l’économie réelle, l’offre est séduisante, mais elle repose sur une réalité beaucoup plus rugueuse : un capital bloqué longtemps, des frais parfois élevés et un risque réel de perte.

Avec la loi Industrie verte adoptée en octobre 2023, les Plans d’épargne retraite individuels en gestion pilotée doivent, depuis octobre 2024, intégrer une proportion minimale d’actifs non cotés, ajustée au profil de risque de l’épargnant, et les PER d’entreprise suivront au plus tard le 31 décembre 2026. Avant de signer et d’immobiliser son épargne pendant des années, certaines questions doivent absolument être mises sur la table face à votre CGP ; la différence se joue souvent là.

Non-coté et PER : un contexte qui pousse à se décider vite

Le cadre réglementaire explique en grande partie pourquoi le sujet revient autant. La loi Industrie verte a ouvert la voie à une place plus importante des actifs non cotés dans les allocations de long terme, en particulier dans le Plan d’épargne retraite (PER). Depuis octobre 2024, un PER individuel géré en gestion pilotée doit comporter une part minimale de non-coté, variable selon que le profil est prudent, équilibré, dynamique ou offensif, et les PER d’entreprise en gestion pilotée devront s’y conformer d’ici au 31 décembre 2026. Autrement dit, beaucoup de Français vont être exposés à cette classe d’actifs, parfois sans l’avoir vraiment anticipé.

Sur le papier, le private equity a de quoi attirer. Selon une étude publiée le 25 juin 2026 par France Invest, les fonds investis dans des entreprises non cotées ont dégagé un rendement annuel moyen net de frais de gestion et de distribution de 9,2 % entre 2020 et 2025. Sur 2015-2025, le taux de rendement interne atteint 10,7 % par an, et depuis 1987 la performance moyenne ressort à 10,8 % par an. Sur la période 2015-2025, le capital-investissement fait mieux que le CAC 40 dividendes réinvestis, à 9,5 % par an, et que le CAC Mid & Small, à 8,9 %, sans parler de l’immobilier locatif limité à 3,3 % par an. Des chiffres flatteurs, exprimés avant fiscalité, mais qui s’accompagnent de contraintes très marquées.

Immobiliser son épargne en non-coté : ce que cela implique vraiment

Derrière les rendements historiques se cachent d’abord des contraintes de liquidité. Les capitaux confiés à un fonds de capital-investissement sont en général bloqués pendant huit à dix ans, avec des possibilités de sortie avant l’échéance limitées à des cas exceptionnels. Selon les fonds, le ticket d’entrée peut atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, de milliers d’euros. Et le risque de perte en capital reste important : les entreprises non cotées peuvent rater leurs objectifs ou faire faillite, ce qui impose de disposer d’une épargne de précaution suffisante à côté.

Point clé Donnée issue des sources Enjeu pour vous Question à poser au CGP
Durée de blocage Capital bloqué 8 à 10 ans Compatibilité avec vos projets Pendant combien de temps est-ce bloqué ?
Liquidité Sorties anticipées très limitées Accès à votre argent en cas d’urgence Que se passe-t-il si je dois sortir avant ?
Ticket d’entrée Dizaines à centaines de milliers d’euros Part adaptée à votre patrimoine Quel montant minimum devez-je engager ?
Risque de perte Perte en capital possible Accepter qu’une partie soit perdue Quel scénario en cas de faillite ?
Frais et fiscalité Rendements avant impôts, frais multiples Rendement net réellement perçu Quels frais et quel rendement net pour moi ?

Ce tableau résume les points que votre CGP doit expliquer de façon claire, chiffrée et personnalisée. L’offre ne peut être pertinente que si la durée, la liquidité, le risque et les frais correspondent à votre situation et à votre horizon, en particulier quand le non-coté est logé dans un PER qui vous engage jusqu’à la retraite.

Les 5 questions à poser à votre CGP avant d’immobiliser votre épargne

La première question porte sur la liquidité. Benjamin Prod’homme rappelle un point simple mais décisif : « La première question à poser est très simple : « Que se passe-t-il si j’ai besoin de récupérer mon argent avant l’échéance ? » Le non-coté, par construction, immobilise le capital sur plusieurs années et trop d’investisseurs découvrent les contraintes de sortie au moment où ils en ont le plus besoin », souligne Benjamin Prod’homme, associé gérant de Cézembre Capital, dans un entretien avec Capital. Dans la même logique, vous avez interet à demander très concrètement pendant combien de temps votre épargne sera immobilisée et à quoi correspond cet horizon de huit à dix ans. Vient ensuite la solidité de ceux qui gèrent votre argent : « Une question trop souvent négligée : « Depuis combien de temps cette équipe de gestion existe-t-elle et quel est son historique sur des cycles précédents ? » Un track record de qualité ne se résume pas à un chiffre de performance affiché sur une plaquette : il faut regarder la régularité des résultats fonds après fonds, la stabilité de l’équipe en place et sa capacité à générer de la performance, aussi bien dans les phases favorables que dans les phases plus difficiles », rappelle Benjamin Prod’homme.

Autre bloc de questions à clarifier : les frais et le rendement net que vous pouvez espérer. Entre frais d’entrée, de gestion et de surperformance, une partie du 10,7 % de rendement moyen annuel observé entre 2015 et 2025 par France Invest revient au gestionnaire, et les performances publiées sont exprimées avant fiscalité et prélèvements sociaux, le gain final dépend donc de votre situation. Il faut aussi demander quelle place ce support doit prendre dans votre allocation globale : le capital-investissement peut être un outil de diversification intéressant pour un patrimoine déjà constitué, mais il ne doit pas représenter la totalité de votre épargne et s’adresse à ceux qui peuvent immobiliser leur capital plusieurs années, en acceptant l’idée qu’une partie puisse être perdue.

En bref

  • Depuis la loi Industrie verte et l’intégration du non-coté dans les PER en gestion pilotée, de plus en plus d’épargnants se voient proposer ces placements longs et complexes.
  • Malgré des performances historiques élevées du private equity, ces fonds imposent blocage de huit à dix ans, tickets d’entrée élevés et risque de perte en capital, d’où l’importance de questionner son CGP.
  • Cinq questions clés sur liquidité, durée, frais, solidité du gérant et place dans votre allocation permettent de tester le sérieux du conseil et l’adéquation à votre situation.
À propos de l'auteur
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