Retraite : la durée de cotisation bientôt allongée? Ce calcul qui vous pousserait à travailler jusqu'à 70 ans

Un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan relance la crainte d’une retraite effective à 70 ans pour certains actifs d’ici 2050. Que prévoient vraiment ces projections et que permet aujourd’hui la loi sur la fin de carrière ?
Depuis la réforme des retraites de 2023, suspendue par le gouvernement Lecornu jusqu’à la présidentielle, le sujet n’a jamais vraiment quitté le devant de la scène. Un nouveau rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan remet une pièce dans la machine en évoquant un allongement de la durée de cotisation, au point que certains scénarios évoquent la nécessité de travailler jusqu’à 70 ans pour partir à taux plein.
Pour beaucoup d’actifs, le chiffre choque et alimente l’idée d’une future retraite à 70 ans imposée. En réalité, le rapport parle de projections à l’horizon 2050 et de durées de carrière, pendant que le droit actuel fixe déjà des règles précises sur la fin de vie professionnelle et la mise à la retraite d’office à 70 ans. Le sujet est loin d’être refermé.
Pourquoi la retraite à 70 ans réapparaît dans le débat public
Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan estime que les réformes menées jusqu’ici ne suffisent pas à assurer l’équilibre financier du système de retraite par répartition à long terme. Le rapport pointe des régimes encore déficitaires, des Français qui travaillent en moyenne moins longtemps que leurs voisins européens alors que l’espérance de vie augmente, et une démographie défavorable avec moins d’actifs pour financer plus de retraités. Autrement dit, le temps passé au travail et le temps passé à la retraite restent mal ajustés.
La piste la plus sensible consiste à allonger la durée de cotisation de trois à quatre années d’ici 2050, pour la porter à 46 ou 47 ans contre 43 ans aujourd’hui pour la plupart des assurés. Le principe resterait le même : pour obtenir une retraite à taux plein, il faudrait valider cette durée d’assurance, avec toujours la possibilité de partir avant mais avec décote. L’économiste Antoine Foucher, l’un des auteurs du rapport, résume cette option comme « plus simple, peut-être un peu moins juste mais moins compliqué », a-t-il expliqué, cité par Le Figaro. Dans cette logique, une personne qui a commencé à travailler à 18 ans viserait un départ autour de 64 ans, tandis qu’un actif entré sur le marché du travail vers 23 ou 24 ans se rapprocherait mécaniquement des 70 ans pour atteindre la durée requise. Ce chiffre reste une projection, non un nouvel âge légal.
Travailler jusqu’à 70 ans aujourd’hui : ce que permet vraiment la loi
Sur le terrain juridique, la situation est claire : il n’existe pas de limite d’âge légale au-delà de laquelle il serait interdit de continuer à travailler. Tant que les capacités sont jugées compatibles avec le poste et que l’employeur est d’accord, un salarié peut rester en activité, à temps plein ou via une retraite progressive qui réduit le volume d’heures. À partir de 70 ans, en revanche, l’employeur peut décider une mise à la retraite d’office, à condition d’en faire la demande trois mois avant la date prévue ; le salarié ne peut alors pas s’y opposer. Si aucune démarche n’est engagée, la relation de travail peut se poursuivre. Il est aussi possible de liquider sa pension puis reprendre une activité sous le régime du cumul emploi-retraite.
| Profil | Âge de début | Durée de cotisation | Projection ou règle clé |
|---|---|---|---|
| Carrière débutée tôt | 18 ans | 43 ans aujourd’hui, 46–47 ans visés | Départ taux plein autour de 64 ans |
| Carrière après études longues | 23–24 ans | Vers 46–47 ans de cotisation | Départ taux plein proche de 70 ans |
| Salarié de 67 ans et plus | Fin de carrière | Au-delà de la durée requise | Surcote de 1,25 % par trimestre |
| Salarié de 70 ans | 70 ans révolus | Variable selon carrière | Mise à la retraite d’office possible |
Repousser volontairement son départ permet de conserver tous les droits liés au statut de salarié et de compléter ses trimestres pour éviter une décote. Une fois la durée d’assurance légale atteinte, chaque trimestre travaillé après 67 ans ouvre une surcote de 1,25 % sur la pension de base. Si ces dernières années figurent parmi les 25 meilleures de la carrière, le salaire annuel moyen pris en compte augmente lui aussi. En parallèle, la poursuite d’activité continue d’alimenter la retraite complémentaire en points, ce qui peut devenir interressant sur le long terme même sans surcote spécifique au-delà de 67 ans. Le rapport évoque aussi d’autres leviers comme la validation d’un trimestre dès 150 heures travaillées, la création d’un compte épargne-temps universel (CETU) ou encore un droit au temps partiel pour les 55–64 ans sur le schéma « 80 % de temps de travail, 90 % de rémunération, 100 % de droits à la retraite ». Avec un taux d’emploi des seniors de 62 % en France contre 66 % en moyenne européenne, ces pistes visent à améliorer l’emploi plutôt qu’à décréter du jour au lendemain une retraite à 70 ans, quitte à nourrir un débat appelé à durer.
Sources
En bref
- En France, un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan projette à l’horizon 2050 un allongement de la durée de cotisation pour équilibrer le système de retraite.
- Porter la durée de carrière de 43 à 46–47 ans ferait partir à taux plein vers 64 ans ceux qui ont commencé à 18 ans, mais rapprocherait de 70 ans les actifs entrés tardivement sur le marché du travail.
- Entre surcote après 67 ans, cumul emploi–retraite et mise à la retraite d’office possible à 70 ans, les règles actuelles offrent des scénarios très différents pour la fin de carrière.









