Bourse 2026 : si vous investissez en ETF, vous risquez de rater les IPO géantes comme SpaceX… mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle
En 2026, l’année des méga‑IPO comme SpaceX ou OpenAI, des millions d’épargnants resteront pourtant cantonnés à leurs ETF indiciels. Ces investisseurs ratent-ils vraiment une opportunité unique, ou leur stratégie les met-elle à l’abri d’un risque sous-estimé ?

Les fans de Bourse vont être servis en 2026 : OpenAI, SpaceX, Stripe, Databricks ou encore Kraken figurent parmi les introductions en Bourse les plus attendues, avec des valorisations évoquées à coups de centaines de milliards de dollars. Pendant que les médias décortiquent chaque rumeur de calendrier, une grande partie des particuliers reste investie via des ETF indiciels, sans toucher une seule action en direct.
Début avril, SpaceX a ainsi déposé son projet d’introduction en Bourse, pour une cotation envisagée dès juin 2026, avec une valorisation potentielle comprise entre 1 500 et 1 750 milliards de dollars, soit environ 1 380 à 1 610 milliards d’euros. De quoi faire frémir les détenteurs d’ETF World ou d’ETF Nasdaq 100 qui se demandent si leur portefeuille profitera de ce genre d’IPO, ou s’il passera complètement à côté du feu d’artifice. La mécanique est plus subtile qu’il n’y paraît.
ETF et introductions en Bourse : pourquoi tout se joue après le jour J
Un ETF indiciel ne suit pas « la Bourse » dans son ensemble, mais la composition très précise d’un indice comme le Nasdaq 100, le SBF 120 ou le MSCI World. Concrètement, l’ETF n’achète une nouvelle action qu’une fois celle-ci officiellement intégrée à l’indice qu’il réplique, jamais au moment de l’introduction elle‑même. Maxime Kugler, responsable de l’offre financière chez Altaprofits, résume le processus : « Il faut refaire la composition de l’indice pour constater qu’une entreprise entrée en bourse il y a peu y a sa place. Parfois, des IPO ne marchent pas et les sociétés n’intègrent jamais certains indices. Et même si elles marchent, ça peut prendre du temps. », explique-t-il, cité par Capital.
Les délais dépendent beaucoup de la taille de l’entreprise. La Française des Jeux, introduite en novembre 2019, n’a rejoint le SBF 120 qu’en mars 2020, et elle ne fait toujours pas partie du CAC 40. Pour les méga‑capitalisations, le calendrier se raccourcit : le Nasdaq a adopté une règle de fast entry applicable depuis le 1er mai 2026, permettant à une société nouvellement cotée qui figure parmi les 40 plus grandes capitalisations éligibles d’entrer dans le Nasdaq 100 dès le 15e jour de cotation, alors que l’attente pouvait aller jusqu’à un an auparavant. Une valeur moyenne, elle, peut patienter plusieurs mois avant de rejoindre un grand indice, ce qui laisse de côté toute la phase de démarrage pour les porteurs d’ETF.
Les ETF ratent-ils vraiment la meilleure partie des IPO ?
Les premières semaines de cotation sont souvent celles où une IPO affiche ses plus fortes variations, portée par l’effet d’annonce et une demande initiale parfois frénétique. Plusieurs études recensées par des sites spécialisés comme Epargnant 3.0 montrent d’ailleurs une hausse moyenne le premier jour de l’ordre de 9,7 % en France et 16,9 % aux États-Unis, soit environ 9 et 16 % respectivement, reflet d’un prix d’introduction souvent fixé un peu en dessous de la demande réelle. Sur le papier, rater cette « décote du premier jour » peut sembler couteux pour un investisseur en ETF.
Une fois l’euphorie passée, le tableau change nettement. Capital rappelle que les statistiques historiques montrent qu’une grande partie des introductions sous‑performe leur indice de référence dans les douze mois suivant la cotation, notamment parce que les actionnaires pré‑IPO cherchent à « liquider leurs positions rapidement », ce qui pèse sur le cours. Epargnant 3.0 relève aussi qu’aux États‑Unis, les actions introduites entre 1980 et 2018 ont sous‑performé le marché d’environ 17,5 % au bout de trois ans, tandis qu’en France, 101 IPO réalisées depuis 2014 affichent une performance moyenne proche de -33 %, contre environ +36 % pour le SBF 120 et +55 % pour le CAC Mid & Small. « Ce n’est pas une tristesse que les ETF n’en tiennent pas compte. L’IPO, c’est la performance sur le très court terme. L’ETF indiciel, c’est le long terme : si la valeur est bonne, elle va rentrer dans l’indice de toute façon, et on finira par bénéficier de sa croissance. », nuance encore Maxime Kugler. En clair, l’ETF laisse passer une partie du spectacle, mais évite aussi une multitude d’IPO décevantes, ce qui est plutot interessant sur le long terme.
Comment profiter des IPO quand on investit surtout en ETF ?
Pour les épargnants qui veulent malgré tout tenter leur chance sur une introduction en Bourse précise, plusieurs voies coexistent à côté des ETF. La plus directe consiste à souscrire lors de l’offre via son courtier en ligne, lorsqu’une tranche réservée aux particuliers est prévue. Selon la méthode de mise en Bourse, le prix est fixé à l’avance dans une fourchette, comme pour la FDJ, ou déterminé par un système d’enchères, mais dans tous les cas il faut avoir fait « son travail d’analyse » en amont. Les études académiques comme les chiffres d’Epargnant 3.0 montrent que la majorité des IPO finissent par sous‑performer le marché, ce qui rend indispensable une vraie analyse du secteur, du modèle économique et de la valorisation demandée.
Pour ceux qui ne se sentent pas à l’aise avec cet exercice, la gestion active reste une option. « Un fonds spatial va s’intéresser à l’IPO de SpaceX. Comme il est spécialisé, il a les capacités de bien l’étudier. C’est l’un des intérêts de la gestion active. », explique Maxime Kugler, qui rappelle aussi le niveau d’exigence de ce type d’opération : « Il faut maîtriser le secteur d’activité, la société, écouter les notes d’analystes spécialisés. Si on n’est pas sûr, ma recommandation est de confier ça à un gestionnaire ou à un fonds actif. ». Certains investisseurs conservent ainsi un noyau long terme en ETF indiciels et ajoutent une petite poche complémentaire dédiée aux IPO, via des actions en direct, des fonds thématiques ou même quelques ETF spécialisés dans les introductions récentes, tout en acceptant que leur performance dépendra largement de ce pari beaucoup plus risqué.
En bref
- À l’approche de 2026 et des méga‑IPO annoncées comme SpaceX ou OpenAI, de nombreux investisseurs particuliers restent exposés au marché via des ETF World ou Nasdaq 100.
- L’article montre comment les ETF n’achètent les nouvelles actions qu’après leur entrée dans les indices, manquant le “pop” initial mais évitant la plupart des IPO qui sous-performent sur 3 à 5 ans.
- Entre rester 100 % ETF, consacrer une petite poche aux IPO en direct ou passer par des fonds actifs et ETF spécialisés, le lecteur obtient des pistes concrètes pour gérer son FOMO sans sacrifier sa stratégie long terme.









