3 fois moins d'ascenseurs qu'en Espagne : le détail qui fait chuter la valeur de votre appartement en copropriété

Alors que la France vieillit et suffoque sous les canicules, un immeuble d’habitation sur deux reste sans ascenseur, trois fois moins présent qu’en Espagne. Entre pannes, coûts explosifs et angle mort des politiques publiques, ce déficit pourrait vite devenir ingérable.
Monter quatre étages avec des sacs de courses, quand on a plus de 80 ans ou une poussette à la main, reste le quotidien de millions de Français. Alors que la population vieillit et que les canicules se répètent, la France dispose pourtant de trois fois moins d’ascenseurs que l’Espagne, dans un parc immobilier où un immeuble d’habitation sur deux n’en est pas equipé.
Selon la Fédération des Ascenseurs, seuls 50% des immeubles d’habitation disposent d’un appareil et la France ne compte que neuf ascenseurs pour 1.000 habitants, contre 27 en Espagne et 22 en Suisse. En 2030, environ un Français sur cinq aura plus de 65 ans selon l’Insee, tandis que, en Auvergne-Rhône-Alpes, quatre personnes âgées sur dix vivant en appartement ne sont pas desservies par un ascenseur. Le sujet dépasse la simple notion de confort.
Moins d’ascenseurs que l’Espagne : un parc vieillissant sous tension
Le sous-équipement français s’explique d’abord par la structure du parc : seulement 45% des résidences principales sont des immeubles collectifs, contre environ les deux tiers en Espagne. Le pays compte 661.000 ascenseurs en maintenance et environ un sur quatre a plus de 40 ans, ce qui impose une vigilance accrue sur la sécurité et les pièces à remplacer.
| Indicateur | France | Espagne / Suisse | Source |
|---|---|---|---|
| Ascenseurs / 1.000 habitants | 9 | 27 / 22 | Fédération des Ascenseurs |
| Immeubles d’habitation équipés | ≈ 50% | n.d. | Fédération des Ascenseurs |
| Ascenseurs en maintenance | 661.000 | n.d. | Fédération des Ascenseurs |
| Part du parc > 40 ans | ≈ 25% | n.d. | Fédération des Ascenseurs |
| Parc modernisé / an | 1,6% | n.d. | Fédération des Ascenseurs |
| Coût d’une modernisation lourde | 20.000 à 200.000 € | n.d. | Fédération des Ascenseurs |
Chaque appareil donne lieu en moyenne à 3 à 4 appels par an pour un problème technique ou un mésusage, avec des factures allant de 20.000 à 200.000 euros pour remplacer des pièces majeures, voire le système complet. Pour une copropriété ou un bailleur social, cela peut représenter une quote-part d’environ 10.000 euros par propriétaire, tandis que la « modernisation » du parc progresse en valeur de 8% sur un an mais ne concerne que 1,6% des ascenseurs chaque année. En parallèle, la fin progressive des réseaux 2G et 3G impose de changer les systèmes d’alarme embarqués, pour quelques centaines d’euros supplémentaires par appareil.
Vieillissement, canicules et copropriétés : un « angle mort » de la politique du logement
Le réchauffement complique encore la donne. En période de canicule, le nombre d’appels « double » selon la Fédération des Ascenseurs, les cabines et machineries situées en toiture subissant des surchauffes comparables à celles des locomotives ou des réseaux électriques. « Les ascenseurs ne sont pas faits pour tourner sous 40 degrés », a expliqué Alain Meslier, délégué général du syndicat, cité par BFMTV. Des pistes sont étudiées pour renforcer la présence de techniciens l’été ou installer des systèmes de climatisation dans certains locaux techniques.
Dans le même temps, les besoins explosent avec le vieillissement. En Auvergne-Rhône-Alpes, 42% des personnes de 65 ans et plus vivant en appartement n’ont pas d’ascenseur dans leur bâtiment, et 37% des 85 ans et plus restent dans ce cas, alors que, dans les communes rurales, 91% des seniors en appartement ne bénéficient pas de cet équipement. L’Insee rappelle que 94% des personnes âgées vivant dans un immeuble construit avant 1946 n’ont pas d’ascenseur, contre encore 58% pour celles installées dans des bâtiments postérieurs à 2006, les obligations d’installation n’ayant concerné historiquement que les immeubles de plus de trois étages au-dessus du rez-de-chaussée avant d’être abaissées à deux étages au 1er octobre 2019.
Pour la présidente de la Fédération des Ascenseurs, Florence Bigé, le potentiel d’équipement existe : « Il est possible d’installer des systèmes dans des immeubles haussmanniens, de profiter de certains espaces disponibles », décrit-elle, en évoquant « un vivier » de bâtiments encore à équiper alors même que la pose d’ascenseurs neufs est « en léger recul » avec la crise de la construction. « Malgré nos efforts, l’ascenseur reste un parent pauvre, un angle mort de la politique du logement », a-t-elle ajouté, regrettant que les « plans ascenseurs » annoncés par le passé n’aient pas abouti et que les appareils ne soient pas éligibles à Ma Prime Adapt’ ou Ma Prime Rénov’.
Le syndicat dit vouloir « mieux prendre en compte les ascenseurs dans la politique du logement » et les « mettre sous le radar des travaux de rénovation énergétique, car il s’agit d’équipements énergivores ». Après une rencontre avec le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, trois amendements gouvernementaux au projet de loi logement ont été adoptés en commission : l’un prévoit d’intégrer la question des ascensseurs dans le futur programme Anru 3, alors que « les copropriétés dans les quartiers prioritaires de la ville sont parmi les plus difficile à trairer » faute de solvabilité, un autre d’inscrire systématiquement l’ascenseur dans les « Plan pluriannuels de travaux » des copropriétés, et un troisième de « faire en sorte que l’ascenseur fasse partie des provisions pour gros travaux ». Les arbitrages parlementaires diront jusqu’où ce rattrapage pourra aller.
En bref
- En 2030, près d’un Français sur cinq aura plus de 65 ans alors que la France ne compte que 9 ascenseurs pour 1 000 habitants, contre 27 en Espagne, et qu’un immeuble d’habitation sur deux en est dépourvu.
- Parc vieillissant, canicules qui doublent les pannes, fin annoncée des réseaux 2G/3G et coûts de modernisation allant jusqu’à 200 000 euros placent copropriétés et bailleurs sociaux face à un mur technique et financier.
- Entre maintien à domicile des seniors, adaptation climatique et rattrapage législatif encore incertain, la bataille autour de l’ascenseur s’impose comme un test décisif pour la politique du logement.








