Encadrement des loyers : pourquoi Montpellier fait 4 fois mieux que Paris pour limiter les abus sur votre quittance

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Encadrement des loyers : pourquoi Montpellier fait 4 fois mieux que Paris pour limiter les abus sur votre quittance

À Montpellier, seulement 12 % des locations dépassent le plafond de l’encadrement des loyers, contre 46 % à Paris. Entre permis de louer, frein aux meublés touristiques et mobilisation des locataires, la ville teste une riposte que tout le pays observe.

A l’heure où les loyers grimpent dans presque toutes les grandes villes, une métropole fait figure d’exception. A Montpellier, seuls 12% des logements mis en location dépassent le plafond légal de l’encadrement des loyers, quand Paris atteint 46% d’annonces au‑dessus du loyer maximal, d’après le dernier baromètre de la Fondation pour le Logement des défavorisés.

Dans ce même document, Montpellier est décrite comme pouvant être « un modèle » d’application de l’encadrement, après être passée de 37% d’annonces non conformes en 2022 à 12% en 2025, un niveau qui « conforte son statut de meilleur élève ». Une trajectoire qui intrigue au moment où le dispositif national reste expérimental jusqu’au 26 novembre 2026, avec une prolongation encore incertaine.

Encadrement des loyers à Montpellier : des chiffres qui tranchent avec Paris

Concrètement, la grande majorité des locations de la ville de 307.000 habitants respecte le plafond fixé, alors que 67,2% des résidences principales y sont occupées par des locataires, selon l’Insee. Quand dépassement il y a, le surcoût moyen atteint 63 euros par mois à Montpellier, contre 85 euros à Lille, 122 euros à Bordeaux et Lyon-Villeurbanne, ou encore 171 euros à Paris. « Cela représentait alors plus de 1.900 euros par an en plus pour un ménage, contre 756 euros aujourd’hui ! », souligne avec satisfaction Clara Gimenez, vice‑présidente de la Métropole en charge du logement, citée par BFMTV. Dans un marché où les dépasssements de loyers augmentent ailleurs, ce contraste frappe.

Territoire % d’annonces au‑dessus du plafond Surloyer moyen (€/mois) Profil du marché
Montpellier 12% 63 € Meilleur élève
Bordeaux 17% 122 € Tension forte
Lille 25% 85 € Sous surveillance
Lyon-Villeurbanne 26% 122 € Marché tendu
Grenoble 43% n.c. Entrant récent
Paris 46% 171 € Record national

Le baromètre signale tout de même une baisse du nombre d’annonces analysées, passées de plus de 2.500 en 2024 à 751 en 2026 pour Montpellier. Sur l’ensemble des huit territoires étudiés, environ 10.000 annonces ont été passées au crible. Elles restent « représentatives de la situation, même si cela est moins élevé que les 20.000 » de l’année précédente, indique Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le Logement des défavorisés. La même étude relève que les plus petits logements sont « sur-représentés » parmi les loyers illégaux : 92% des biens de moins de 10 m² et 35% des studios, alors que la ville accueille plus de 80.000 étudiants. La revue L’Étudiant évoquait ainsi un loyer moyen de 550 euros pour un studio en mai, monté à 570 euros en août sur la plateforme Bien’ici.

La recette de Montpellier pour faire respecter l’encadrement des loyers

Côté outil, l’encadrement s’applique à Montpellier depuis 2022, mais la municipalité met en avant une politique assumée de contrôle. « Nous mobilisons des dispositifs complémentaires, notamment le permis de louer (qui consiste à ce que chaque bien remis à la location fasse l’objet d’une déclaration et d’une inspection par la ville, afin de s’assurer de sa salubrité, NDLR) », remarque Clara Gimenez. Elle revendique aussi « la régulation des meublés de tourisme, dont la location est limitée à 90 jours par an, le maximum autorisé par la loi ». Pour l’élue, « Le logement n’est pas une marchandise comme les autres, c’est avant tout un droit ». « D’autant plus sur un territoire comme Montpellier, avec taux de pauvreté de 31 % », ajoute‑t‑elle. Cette culture de la régulation dépasse le logement : « Pour soutenir nos commerçants, j’aimerais que la loi mette en œuvre l’encadrement des loyers. On le fait pour les logements, il faudrait le faire pour les baux commerciaux », affirme le maire Michaël Delafosse, cité par Midi Libre. « Beaucoup de commerces sont en difficulté ». « J’observe que beaucoup de commerces sont en difficulté car les loyers commerciaux sont très élevés », explique‑t‑il, dénonçant une situation où « C’est assez désagréable que des spéculateurs se paient sur la bête sur des gens courageux qui entreprennent ». « Qu’on revalorise un loyer, c’est entendable mais il y a des limites. » « La liberté d’entreprendre ? Oui, mais je suis aussi pour la régulation. » Dans un centre historique qu’il décrit comme « Le plus grand centre-ville piéton d’Europe », « Le commerce est en mutation », constate le maire, qui veut éviter une éviction silencieuse des commerçants indépendants.

Levier Mise en œuvre à Montpellier Effet attendu sur les loyers Point de vigilance
Encadrement des loyers Plafonds fixés depuis 2022 Limiter les hausses à la relocation Contrôle effectif des annonces
Permis de louer Déclaration et visite avant bail Filtrer les biens indignes, rappeler la loi Moyens humains pour les contrôles
Meublés de tourisme Limite de 90 jours par an Réduire l’évaporation du parc locatif Suivi des déclarations et sanctions

Reste à savoir si cette combinaison d’outils résistera au temps. Sur les petites surfaces, la Métropole veut aller plus loin : « Nous allons être proactifs sur les petites surfaces en lançant une campagne pour sensibiliser les étudiants à l’existence du dispositif et les inviter à faire le calcul », rappelle Clara Gimenez, qui met en avant le simulateur de loyer de référence créé par la Ville. A l’échelle nationale, l’encadrement des loyers, expérimenté depuis la loi Alur puis la loi Elan, est censé prendre fin le 26 novembre 2026 si le Parlement ne le prolonge pas. Ses détracteurs lui reprochent d’assécher l’offre locative, même si d’autres facteurs – interdiction de louer les passoires thermiques, hausse des meublés touristiques, vacance, fin du dispositif Pinel, blocage du « parcours résidentiel » – pèsent aussi sur le marché. En juin, le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun disait « entendre le besoin des maires » de continuer à expérimenter, tout en regardant « s’il est possible ou non » de le faire sans généralisation. « Son évaluation est en cours et j’irai à Paris la semaine prochaine pour une réunion des élus en faveur de l’encadrement des loyers, à l’initiative de la Ville de Paris », indique encore l’élue montpelliéraine, alors que les derniers signaux laissent penser que le gouvernement pourrait chercher à préserver au moins une partie du dispositif.

En bref

  • Entre 2022 et 2026, Montpellier est passée de 37 % à 12 % d’annonces non conformes à l’encadrement des loyers, loin des 46 % de dépassements relevés à Paris par la Fondation pour le Logement des défavorisés.
  • Permis de louer, limitation à 90 jours des meublés de tourisme et campagnes de sensibilisation composent la méthode montpelliéraine pour contenir les loyers et limiter les surcoûts moyens à 63 euros par mois.
  • Alors que l’expérimentation nationale doit s’achever en novembre 2026, élus et locataires s’interrogent sur la capacité de ce modèle local à survivre aux contournements et aux choix du gouvernement.
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La rédaction Bourse Inside

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