Location : sans ce justificatif obligatoire, la retenue sur votre dépôt de garantie est illégale et vous ouvre droit à des pénalités

En quittant un logement, de nombreux locataires voient leur dépôt de garantie bloqué sans la moindre explication. Entre délais légaux, preuves exigées et pénalités, la frontière entre droit du bailleur et abus est plus fine qu’il n’y paraît.
Quitter son logement, rendre les clés, puis découvrir que le dépôt de garantie n’a toujours pas été remboursé : pour beaucoup de locataires, le doute s’installe aussitôt sur la bonne foi du propriétaire. Peut-il garder tout ou partie de cette somme sans vous fournir le moindre document pour se justifier ? La réponse dépend moins de son humeur que de ce que la loi autorise précisément.
En location vide, ce dépôt représente en principe un mois de loyer, et jusqu’à deux mois en location meublée. Il sert à couvrir d’éventuels impayés de loyers ou de charges, ainsi que les dégradations constatées lors de l’état des lieux de sortie, pas à sanctionner un locataire. La loi encadre strictement ce qu’un bailleur peut retenir, et surtout à quelles conditions.
Restitution du dépôt de garantie : ce que prévoit la loi
L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 impose au propriétaire de restituer le dépôt de garantie dans un délai maximal d’un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois lorsqu’il fait apparaître des dégradations non mentionnées à l’entrée. Le délai commence à courir à compter de la remise des clés par le locataire, en mains propres ou par lettre recommandée avec accusé de réception.
Ce même article précise qu’en cas de retard, le dépôt restant dû est majoré « d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal ». Concrètement, chaque mois de retard commencé ajoute automatiquement 10 % du loyer mensuel hors charges à la somme que le bailleur devra verser. Le dépôt protège donc le propriétaire à l’entrée et à la sortie, mais ne se transforme pas en pénalité privée qu’il pourrait garder sans explication.
Délais, retenues possibles et justificatifs que le bailleur doit fournir
En pratique, le propriétaire ne peut retenir que des sommes réellement dues : loyers ou charges impayés, et réparations liées à des dégradations imputables au locataire. Toute somme conservée doit être justifiée, par exemple par des devis ou des factures de travaux, un décompte précis des loyers impayés, ou encore les relevés de charges approuvés. Sans ces pièces, la retenue du dépôt de garantie sans justificatif devient contestable.
Les délais de restitution varient selon la situation à la sortie du logement, et un cas particulier s’ajoute lorsque les charges de copropriété ne sont pas encore régularisées. Le tableau ci-dessous résume les principaux cas de figure pour une location soumise à la loi de 1989.
| Situation à la sortie | Délai légal | Sommes que le bailleur peut retenir | Justificatifs à fournir | Pénalités en cas de retard |
|---|---|---|---|---|
| État des lieux conforme | 1 mois après remise des clés | Éventuels impayés prouvés | Décompte loyers/charges, relevés bancaires | +10 % du loyer HC par mois commencé |
| État des lieux différent (dégradations) | 2 mois après remise des clés | Réparations imputables au locataire | États des lieux, devis ou factures, photos | +10 % du loyer HC par mois commencé |
| Charges de copropriété non régularisées | Restitution du solde après arrêté des comptes | Provision sur charges | Relevé de charges de copropriété | Majoration 10 % sur la part encore due |
Pour les charges de copropriété, le propriétaire peut conserver une provision limitée à une partie du dépôt en attendant l’arrêté annuel des comptes, avant de restituer le solde sur la base du décompte définitif. En revanche, la loi interdit les clauses qui feraient supporter au locataire des amendes, des pénalités ou des frais de relance, et le dépôt de garantie ne peut pas servir à contourner cette interdiction.
Retenue sans justificatif : comment réagir pour récupérer votre dépôt ?
Le cas de Madame L., locataire à Perpignan, illustre bien ce mécanisme. Elle a quitté son appartement le 1er février 2026, avec un état des lieux de sortie conforme à celui d’entrée, pour un dépôt de garantie de 800 € et un loyer mensuel de 700 €. Au 5 mars, aucun versement ni explication de la part du bailleur : elle est en droit de réclamer la restitution des 800 €, plus une majoration de 70 € pour le mois de mars, soit 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé.
La première étape consiste à envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception, qui n’est pas moins obligatoir pour formaliser la demande : rappel du délai légal, exigence de restitution du dépôt et de la majoration, fixation d’un dernier délai. Si le propriétaire ne répond pas ou refuse, le locataire peut saisir gratuitement la Commission départementale de conciliation de son département, chargée d’entendre les deux parties et de rechercher une solution amiable. En l’absence d’accord, il reste la saisine du juge des contentieux de la protection, qui peut condamner le bailleur à payer le dépôt, la majoration et, le cas échéant, des dommages et intérêts, sur la base du bail, des états des lieux, des preuves de versement et des échanges écrits.
En bref
- À la fin d’une location régie par la loi du 6 juillet 1989, le dépôt de garantie doit être restitué dans un délai encadré dès la remise des clés.
- Le propriétaire ne peut retenir que des impayés ou dégradations prouvés par des justificatifs précis, sous peine de voir la retenue contestée et pénalisée.
- Lettre recommandée, Commission départementale de conciliation puis juge des contentieux de la protection forment un parcours de recours que tout locataire gagne à maîtriser.









