Microdons en caisse : ces centimes que vous donnez en supermarché en 2025 peuvent-ils vraiment réduire votre impôt... ou vous coûter cher ?

Par Paul Graph - Publié le

Près d’un Français sur deux accepte aujourd’hui l’arrondi solidaire en caisse, sans trop penser à ses impôts. Entre geste de cœur et avantage fiscal espéré, que dit vraiment le fisc sur ces microdons au supermarché ?

Microdons en caisse : ces centimes que vous donnez en supermarché en 2025 peuvent-ils vraiment réduire votre impôt… ou vous coûter cher ?

À chaque passage en caisse, la scène se répète : après avoir inséré votre carte, le terminal vous propose d’arrondir votre note pour soutenir une association. En quelques secondes, vous validez, sans trop réfléchir, ces quelques centimes de microdons en caisse qui s’additionnent au fil des courses.

En 2025, ce fameux arrondi solidaire a permis de récolter 15 millions d’euros, via 38 millions de microdons, pour un don moyen de 40 centimes au profit d’environ 160 associations, selon microDON. Si vous avez ce réflexe presque à chaque passage en caisse, vous avez peut etre l’impression de donner des sommes non négligeables sur l’année. Reste une question qui intrigue beaucoup de contribuables : ces dons peuvent-ils vraiment réduire votre impôt sur le revenu ?

Microdons en caisse : un réflexe solidaire qui pèse lourd collectivement

Concrètement, à la caisse du supermarché, votre achat s’élève par exemple à 24,62 euros. Le terminal vous propose alors d’arrondir à 25 euros et de verser 38 centimes à une association partenaire. Le don part ensuite, via la solution développée par microDON, filiale de La Banque Postale, vers l’organisme bénéficiaire sélectionné par l’enseigne.

Pris isolément, chaque microdon semble anecdotique. Mais en 2025, ces gestes répétés ont atteint 15 millions d’euros au total, pour 38 millions de microdons d’un montant moyen de 0,40 euro. Près d’un Français sur deux aurait déjà adopté ce dispositif, selon microDON. Sur une année, quelqu’un qui accepte presque systématiquement l’arrondi peut facilement atteindre 20 ou 30 euros de dons cumulés, ce qui commence à ressembler aux dons « classiques » que l’on a l’habitude de déclarer au fisc.

Dons aux associations et impôt sur le revenu : comment fonctionne la réduction d’impôt

En règle générale, les dons aux associations d’intérêt général ouvrent droit à une réduction d’impôt. Le plus souvent, l’avantage fiscal est de 66 % des sommes versées, et même de 75 % pour certaines associations venant en aide aux personnes en difficulté, comme Emmaüs ou les Restos du Cœur. Ces montants se déclarent dans la case 7UD de votre déclaration de revenus.

Sur le papier, vos arrondis solidaires rentrent bien dans cette catégorie de dons aux associations. Si vous avez donné 25 euros en une année via les microdons en caisse, vous pourriez en théorie obtenir 16,50 euros de réduction d’impôt sur le revenu en l’indiquant dans cette fameuse case 7UD. D’autant qu’au moment de remplir votre déclaration en ligne, aucun document n’est demandé. Mais c’est là que la question des justificatifs change complètement la donne pour les microdons.

Microdons en caisse et réduction d’impôt : que pouvez-vous vraiment déclarer ?

Pour tous les dons, l’administration fiscale peut, en cas de contrôle, exiger un reçu fiscal nominatif émis par l’association bénéficiaire. C’est ce document qui prouve que vous avez bien versé telle somme à tel organisme et qui fonde votre droit à réduction d’impôt. Problème : pour les microdons en caisse, aucun reçu n’est envoyé au client. microDON l’explique noir sur blanc dans sa FAQ : « Dans le cas de l’arrondi en caisse, le montant des dons (inférieur à 1€) est trop faible pour justifier l’émission d’un reçu fiscal », justifie microDON dans une FAQ, selon RMC.

Beaucoup de clients imaginent alors que les tickets de caisse papier ou dématérialisés pourront suffire en cas de contrôle. Interrogé par MoneyVox, le ministère de l’Économie a été très clair : « Le ticket de caisse ne peut en aucun cas remplacer le quitus fiscal émis par l’association. C’est la seule pièce justificative qui pourra être demandée en cas de contrôle fiscal », expliquait récemment Bercy à MoneyVox. Le ministère détaille aussi pourquoi les associations ne peuvent pas, techniquement, délivrer de reçu individuel pour ces microdons : « Lorsqu’une grande surface fait la collecte de microdons par exemple, elle s’entremet entre le particulier et l’organisme philanthropique, lequel n’a pas connaissance de l’identité des particuliers qui lui donnent, a fortiori quand la grande surface collecte pour plusieurs causes et redistribue les dons consolidés qu’elle a collectés. Un organisme qui ne connaît pas la personne qui se présente comme mécène ne pourra pas émettre de reçu à son bénéfice. C’est impossible de se porter garant de la véracité des informations si elles ne sont pas présentes dans sa comptabilité d’organisme récipiendaire », justifie Bercy.

En pratique, cela signifie que vos microdons en caisse ne disposent d’aucun justificatif recevable par le fisc. Les déclarer comme des dons « classiques » pour obtenir une réduction d’impôt vous expose donc, en cas de contrôle, à un recalcul de votre impôt avec suppression de l’avantage accordé, voire à des pénalités. Pour quelques euros de réduction tout au plus, l’administration pourrait considérer que vous avez indûment minoré votre impôt. Les spécialistes de la fiscalité interrogés par RMC recommandent donc d’éviter de déclarer ces sommes : garder ses tickets de caisse ne sert à rien sur ce plan. En revanche, si vous souhaitez à la fois soutenir une cause et bénéficier d’un avantage fiscal, il reste possible de faire des dons en direct aux associations de votre choix, qui, elles, vous enverront un reçu fiscal nominatif, tandis que les microdons en caisse restent un geste purement solidaire, sans contrepartie fiscale.

En bref

  • En 2025, les microdons en caisse au supermarché via l’arrondi solidaire ont généré 15 millions d’euros pour environ 160 associations en France.
  • En l’absence de reçu fiscal nominatif, ces dons, pourtant versés à des organismes d’intérêt général, ne peuvent pas être déclarés pour obtenir une réduction d’impôt.
  • Entre risque de redressement et faible gain potentiel, l’article détaille pourquoi considérer ces centimes comme un geste purement solidaire et quelles alternatives envisager.