Retraite des aidants : l'oubli de cette démarche cruciale à la CAF vous prive de 4 trimestres cotisés par an

Depuis 2023, l’assurance vieillesse des aidants compense enfin les trous de carrière de millions de proches aidants en finançant jusqu’à 4 trimestres par an. Reste à savoir si vous y avez droit, comment être affilié à temps et ce que ces trimestres changent sur votre retraite.
En France, 9,3 millions de personnes aident régulièrement un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap, souvent au prix d’un temps partiel ou d’un arrêt d’activité. Pendant longtemps, ces années d’aidance laissaient un trou dans le relevé de carrière, avec à la clé une décote et une pension plus faible au moment de la retraite.
Depuis le 1er septembre 2023, l’Assurance vieillesse des aidants (AVA) a rebattu les cartes en remplaçant l’essentiel du volet “aidants” de l’ancienne AVPF. Le dispositif permet de valider jusqu’à 4 trimestres de retraite par an, financés par la CAF ou la MSA, pour les proches aidants qui réduisent ou interrompent leur activité. Encore faut-il savoir qui peut en profiter et ce que ces trimestres changent vraiment sur la retraite.
Assurance vieillesse des aidants : à quoi sert l’AVA et qui est concerné ?
L’AVA est issue de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023. L’article 25 a recentré l’AVPF sur les parents de jeunes enfants et créé un régime séparé pour les aidants, codifié à l’article L. 381‑2 du Code de la Sécurité sociale. Concrètement, l’aidant est affilié gratuitement au régime général ; les cotisations vieillesse sont versées à sa place par la CAF ou la MSA, sur la base d’une assiette forfaitaire indexée sur le SMIC, ce qui évite un trou de carrière pendant la période d’aide.
Six grandes catégories sont couvertes. Quatre existaient déjà : les bénéficiaires de l’AJPP (présence parentale), ceux de l’AJPA (congé de proche aidant indemnisé), les travailleurs indépendants qui cessent leur activité pour aider un proche très dépendant, et les parents d’enfants handicapés avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %. Deux nouveautés élargissent fortement le public : les parents d’enfants handicapés dès lors que l’enfant ouvre droit au complément de l’AEEH, sans seuil de 80 %, et les aidants d’adultes handicapés, pour lesquels les conditions de cohabitation et de lien familial ont été supprimées. Pour ces derniers et pour les aidants de personnes âgées dépendantes, l’aide doit être régulière, non professionnelle, et les revenus professionnels de 2026 ne doivent pas dépasser 63 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit environ 30 278 € par an, ce qui cible notament les personnes à temps partiel ou sans emploi.
Affiliation AVA : démarches, plafonds et nombre de trimestres validés
Dans plusieurs situations, l’affiliation à l’AVA est automatique : c’est le cas pour les bénéficiaires de l’AJPP, de l’AJPA et pour les parents d’enfants handicapés avec un taux d’incapacité d’au moins 80 % reconnu par la CDAPH. La caisse d’allocations transmet directement les informations à l’Assurance retraite, sans formalité supplémentaire. Pour les nouvelles catégories, les démarches reposent sur l’aidant : les parents d’enfants handicapés dont le taux est inférieur à 80 % doivent demander l’affiliation à la CAF ou à la MSA, tout comme les aidants d’adultes handicapés ou de personnes âgées classées en GIR 1 à 4. La demande peut aussi passer par la MDPH, via le formulaire Cerfa spécifique en cochant la case “Affiliation à l’assurance vieillesse des aidants”, accompagné de la décision de handicap ou d’APA et des justificatifs de ressources.
Le risque de non-recours est réel pour les situations sur demande. Pour les aidants d’adultes, aucune validation de trimestre n’intervient tant que la CAF ou la MSA n’a pas enregistré l’affiliation. Selon la circulaire CNAV 2024/28, ces affiliations ne produisent en principe d’effet qu’à compter de la date de demande, chaque mois de retard étant alors définitivement perdu. Certains guides rappellent toutefois que les caisses peuvent corriger des omissions sur plusieurs années lorsqu’une affiliation aurait dû être automatique, ce qui incite à vérifier régulièrement son relevé de carrière. En 2026, l’assiette forfaitaire atteint 2 031 € par mois (SMIC 169 h) ou 1 016 € (demi‑SMIC) selon les revenus de l’aidant ; un trimestre est validé pour 150 heures de SMIC cotisées, soit 1 803 € cette année‑là, avec un plafond de 4 trimestres par an, soit 24 trimestres sur 6 ans d’aidance.
Impact de l’AVA sur la retraite : taux plein, minimum contributif et carrière longue
Les trimestres AVA ne sont pas de simples trimestres assimilés. Les cotisations versées par la CAF ou la MSA sont reportées comme des salaires forfaitaires sur le compte carrière, ce qui joue à la fois sur la durée d’assurance et sur le calcul du revenu annuel moyen. La circulaire CNAV 2024/28 détaille la façon dont ces trimestres sont pris en compte dans les principaux dispositifs de retraite, avec des plafonds spécifiques pour le minimum contributif majoré et la carrière longue.
| Dispositif retraite | Trimestres AVA pris en compte | Limite | Effet principal |
|---|---|---|---|
| Taux de calcul (50 %) | Oui | Aucune | Aide à atteindre le taux plein sans décote |
| Proratisation durée au régime général | Oui | Aucune | Augmente la part de carrière au régime général |
| Revenu annuel moyen (RAM) | Oui | Aucune | Salaires forfaitaires intégrés dans le calcul |
| Minimum contributif majoré | Oui | 24 trimestres AVA/AVPF | Comptés comme cotisés dans la limite fixée |
| Carrière longue (durée cotisée) | Oui | 4 trimestres AVA/AVPF | Réputés cotisés pour l’ouverture du droit |
| Surcote | Non | – | Ne génèrent pas la majoration de 1,25 % |
| Retraite anticipée pour handicap (ouverture) | Non | – | Pris en compte seulement pour le montant, pas pour le droit |
| Retraite progressive | Oui | Aucune | Pris en compte pour l’ouverture et le calcul |
| Pension de réversion | Oui | Aucune | Intégrés dans la carrière du défunt pour le calcul |
Pour le minimum contributif, la limite de 24 trimestres s’apprécie en additionnant AVA et AVPF sur toute la carrière, alors que les autres trimestres cotisés restent décomptés à part. Les trimestres issus de l’AVA sont aussi réputés cotisés dans la limite de 4 trimestres pour ouvrir un droit à carrière longue, au‑delà ils continuent à compter dans la durée d’assurance mais n’augmentent plus la part réputée cotisée. À l’inverse, ils ne sont jamais considérés comme cotisés pour la surcote, qui reste réservée aux périodes où l’assuré a effectivement travaillé. Pour la retraite anticipée pour handicap, ils ne servent pas à ouvrir le droit mais entrent dans le calcul du montant lorsque la condition est remplie par ailleurs.
Les effets concrets apparaissent nettement dans les exemples publiés par les caisses : une aidante de 56 ans qui cesse de travailler quatre ans pour s’occuper d’un parent très dépendant valide 16 trimestres AVA et porte ainsi sa durée d’assurance de 132 à 148 trimestres. Ces années d’aidance financées par l’AVA lui permettent d’éviter une décote durable et de sécuriser sa pension, là où l’absence d’affiliation se traduirait par une perte de plusieurs centaines d’euros par mois. Les trimestres pour enfants, lorsqu’ils existent, s’ajoutent encore à ces droits mais ne sont pas comptabilisés dans le plafond de 24 trimestres AVA/AVPF pour le minimum contributif majoré, d’où l’importance de vérifier régulièrement le relevé de carrière pour repérer tout oubli de report.
En bref
- Depuis le 1er septembre 2023, l’Assurance vieillesse des aidants remplace l’AVPF pour les proches aidants d’enfants ou d’adultes handicapés et de personnes âgées dépendantes.
- Selon la situation, l’affiliation passe automatiquement par l’AJPA/AJPP ou doit être demandée à la CAF ou à la MSA, afin de valider jusqu’à 4 trimestres de retraite par an et d’éviter des trous de carrière.
- Ces trimestres financés par l’AVA pèsent sur le taux plein, le minimum contributif majoré et la carrière longue, mais pas sur la surcote, d’où l’enjeu de vérifier son relevé et de ne pas tarder à déposer sa demande.









