Leclerc, Carrefour : le bras de fer est lancé, la réunion sur la future hausse des prix déjà reportée au 2 novembre

Reportée au 2 novembre, la réunion de préparation à Bercy se tient sous la menace de boycott brandie par Leclerc, Carrefour et Intermarché. Entre transparence réclamée, PME fragilisées et hausses attendues, le bras de fer s’engage avant l’ouverture des négociations commerciales.
Entre la grande distribution et ses fournisseurs, la campagne de négociations commerciales 2026-2027 commence avant l’heure. Menaces de boycott, accusations de cynisme, rappel des pillages de magasins du 17 octobre : le ton est déjà très dur entre les enseignes comme Leclerc, Carrefour ou Intermarché et les industriels de l’agroalimentaire. Le gouvernement espérait pourtant ouvrir le dialogue à Bercy avec une réunion de préparation destinée à poser un cadre commun avant d’aborder les hausses de tarifs qui se profilent dans un contexte d’inflation et de pouvoir d’achat sous tension.
Ce premier rendez-vous ne se déroulera finalement pas comme prévu. La rencontre, qui devait réunir mercredi à Bercy distributeurs et industriels, a été reportée au 2 novembre. Le cabinet du ministre du Commerce précise que ce décalage tient à un conflit d’agenda, Serge Papin et Annie Genevard devant assister le même matin à un Conseil des ministres reprogrammé. Au-delà de cette raison logistique, ce glissement intervient alors que la Fédération du commerce et de la distribution menace déjà de ne pas venir à la table des discussions préparatoires, et que coopératives agricoles comme industries alimentaires dénoncent une épreuve de force jugée excessive. Le décor des futures négociations est planté, mais rien n’est encore apaisé.
Réunion de préparation à Bercy reportée au 2 novembre
Officiellement, la décision de décaler la réunion de préparation des négociations commerciales tient à un simple chevauchement de calendriers. Prévue mercredi matin dans les murs de Bercy, cette séance de travail rassemblant distributeurs et fournisseurs de l’agroalimentaire devait se tenir en présence de Serge Papin, ministre du Commerce, et d’Annie Genevard, en charge de l’Agriculture. Les deux membres du gouvernement étant attendus au même moment au Conseil des ministres, lui-même déplacé, le cabinet du Commerce indique que la réunion est renvoyée au 2 novembre pour garantir leur présence autour de la table.
Ce rendez-vous doit servir de sas avant l’ouverture officielle des négociations tarifaires annuelles, qui se déroulent chaque année du 1er décembre au 1er mars entre supermarchés et fournisseurs alimentaires, et fixent in fine les prix en rayon hors marques propres. Pour l’exécutif, qui a annoncé vouloir réunir en amont toutes les parties prenantes en vue d’un « pacte de responsabilité », l’idée est d’encadrer au mieux un cru 2026-2027 déjà annoncé très tendu, avec une inflation présentée comme inéluctable et des éleveurs fragilisés par les canicules, la sécheresse de l’été et le choc énergétique. Dans ce calendrier resseré, quelques dates clés structurent déjà le rapport de forces.
| Date | Événement | Acteurs | Point de tension | Impact possible |
|---|---|---|---|---|
| 17 octobre | Pillage de commerces | Magasins de la grande distribution | Climat social et sécurité | Contexte tendu avant les négociations |
| Vendredi | Ultimatum de boycott | FCD (Leclerc, Carrefour, Intermarché) | Transparence et traitement des PME | Participation conditionnée au respect des demandes |
| 2 novembre | Réunion de préparation à Bercy | Distributeurs et industriels agroalimentaires | Recherche d’un « pacte de responsabilité » | Tentative d’encadrer les hausses de prix |
| 1er décembre | Ouverture des négociations annuelles | Supermarchés et fournisseurs | Fixation des tarifs fournisseurs | Effet direct sur les prix en rayon |
| 1er mars | Clôture des négociations | Supermarchés et fournisseurs | Fin de la fenêtre de renégociation | Stabilité relative des tarifs jusqu’au prochain cycle |
Menace de boycott et riposte des agriculteurs et industriels
En toile de fond de ce report, le bras de fer entre la grande distribution et ses fournisseurs reste entier. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui fédère les principales enseignes dont Leclerc, Carrefour et Intermarché, a prévenu qu’elle ne viendrait pas au comité de préparation tant que ses deux conditions ne seraient pas acceptées : davantage de transparence sur les coûts de la matière première agricole, et un traitement différencié pour les PME, jugées trop fragiles pour être soumises aux mêmes contraintes qu’un géant mondial. « L’heure est grave », a déclaré la Fédération du commerce et de la distribution, citée par BFMTV, en rappelant que « des commerces ont été pillés et saccagés » le 17 octobre. « Une PME fragilisée ne peut être traitée comme un groupe industriel mondial affichant près de 50% de marge brute, une marge nette supérieure à 10% », a notamment clamé la FCD, qui considère ces demandes comme « non négociables » et à valider « avant le 28 octobre ».
Face à cet ultimatum, les organisations représentant le monde agricole et l’industrie agroalimentaire dénoncent une stratégie de rapport de forces. « Je suis atterré de constater qu’une fois encore, le rapport de force semble être dans l’ADN de la grande distribution », a réagi Jean-Luc Duval, président de la Coopérative agricole. Rappelant qu' »après cinq années de crises, les coopératives ont énormément absorbé (la hausse des coûts, NDLR). Lors des dernières négociations, +3,5% (de hausse de prix) étaient demandés en moyenne pour un atterrissage à +0,05% », il souligne que 91% des coopératives interrogées constatent un impact direct des conditions climatiques de l’été sur leur activité. « L’heure est grave, oui, pour les agriculteurs et leurs coopératives, qui essuient encore les conséquences du choc climatique de cet été et du nouveau choc énergétique lié à la crise du détroit d’Ormuz. Mais l’heure n’est pas à la fracture : elle est à la responsabilité. Et la responsabilité commence par s’asseoir autour de la table », insiste-t-il, estimant que « quelques centimes (de hausses) peuvent aujourd’hui préserver une filière, une usine, des emplois et les débouchés de milliers d’agriculteurs ». L’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) tient un discours proche : « De qui se moque-t-on? », s’interroge son président Jean-François Loiseau, pour qui « Le cynisme des distributeurs dépasse la décence », ces derniers refusant « depuis le début de la crise au Moyen-Orient de prendre en compte les surcoûts » supportés par les entreprises agroalimentaires.
En bref
- À quelques semaines des négociations commerciales 2026-2027, la réunion préparatoire prévue à Bercy avec Serge Papin, Annie Genevard, distributeurs et industriels est reportée au 2 novembre.
- La FCD, qui regroupe notamment Leclerc, Carrefour et Intermarché, menace de boycotter ce rendez-vous tant que ses demandes de transparence sur les coûts et de traitement spécifique des PME ne sont pas actées.
- Face à cette pression, coopératives agricoles et industries alimentaires dénoncent un rapport de force jugé cynique et alertent sur les conséquences pour les prix, les emplois et la rémunération des agriculteurs.








