Logement squatté : se faire justice soi-même coûte 3 ans de prison au propriétaire, voici la procédure légale rapide

Face à un squat, beaucoup de propriétaires pensent qu’un coup de clé ou de disjoncteur suffira à régler le problème. En réalité, la loi RIPOST et le Code pénal peuvent retourner la situation contre eux s’ils franchissent certaines limites.
Vous rentrez de week-end, valise à la main, et trouvez la serrure changée, des voix derrière la porte. Dans ce logement qui est le vôtre, d’autres dorment, cuisinent, se sont installés. Sur les réseaux, on vous souffle de couper l’électricité ou de reprendre la main « par la force », puisque vous êtes chez vous. Entre sidération et colère, la tentation est grande de régler seul ce que vous vivez comme une injustice flagrante.
En droit, ce réflexe peut pourtant transformer le propriétaire en mis en cause pénal. « Le Code pénal prévoit une peine de 3 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, si vous forcez les squatteurs à partir sans l’aide de l’État », explique le site SeLoger. Dans le même temps, le squat lui-même reste une infraction lourdement réprimée. Tout l’enjeu est de comprendre ce qui est permis, ce qui ne l’est pas, et comment agir vite sans se retourner contre soi.
Logement squatté : se faire justice soi-même, un délit puni lourdement
Changer la serrure, couper l’eau ou l’électricité, jeter les meubles sur le trottoir, menacer les occupants pour les faire partir : ces gestes, souvent présentés comme « de bon sens », entrent dans la catégorie des manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes commises par le propriétaire. Le texte cité par SeLoger précise que « le texte ratisse large et sanctionne les manœuvres, menaces, voies de fait et contraintes commises par le propriétaire ». Autrement dit, intervenir soi-même pour expulser un occupant sans passer par l’État, même chez soi, relève d’un délit spécifique.
Les occupants illégaux ne sont pas pour autant protégés de toute sanction. Le code pénal prévoit que « L’introduction dans le domicile d’autrui à l’aide de manoeuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, hors les cas où la loi le permet, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. », et ajoute que « L’introduction dans un local à usage d’habitation ou à usage commercial, agricole ou professionnel à l’aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte, hors les cas où la loi le permet, est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. », prévoit le code pénal. En parallèle, « si les squatteurs démontrent avoir subi un préjudice, par exemple, si vous jetez ou détériorez leurs biens, vous pouvez devoir leur verser des dommages et intérêts. », rappelle encore SeLoger. Le propriétaire qui « reprend la main » par la force prend donc le risque d’être poursuivi pénalement et civilement.
Loi RIPOST : la voie préfectorale pour faire expulser rapidement un squatteur
Pendant des années, la procédure la plus rapide ne visait que certains cas de domicile, avec des conditions strictes d’introduction par la force ou la ruse. « La loi n° 2026-798 du 18 août 2026, dite loi RIPOST, a élargi ce cadre », explique le cabinet Kohen Avocats. Désormais, le dispositif couvre le maintien dans les lieux après une introduction irrégulière, y compris pour un meublé de tourisme dont le vacancier refuse de partir après la fin du contrat, et s’applique aussi aux locaux à usage commercial, agricole ou professionnel, avec une réserve quand l’occupant y a fixé son domicile. La résidence secondaire est protégée comme la principale, le texte visant le domicile « qu’il s’agisse ou non de sa résidence principale ».
Le cœur de cette réponse d’urgence reste l’article 38 de la loi du 5 mars 2007. « L’article 38 de la loi du 5 mars 2007 permet au propriétaire dont le bien est occupé illicitement de demander au préfet de mettre en demeure les occupants de partir, puis d’obtenir l’évacuation forcée sans passer d’abord par un procès au fond. », résume Kohen Avocats. Pour acceuillir la procédure préfectorale, trois pièces sont exigées : un dépôt de plainte, la preuve que le logement est bien votre domicile ou votre propriété, et un constat d’occupation illicite dressé par un officier de police judiciaire, le maire ou un commissaire de justice. Si vous ne pouvez pas fournir ces preuves parce que vos papiers sont à l’intérieur, « le représentant de l’Etat dans le département sollicite, dans un délai de soixante-douze heures, l’administration fiscale pour établir ce droit. ». Une fois la demande complète reçue, « La décision de mise en demeure est prise, après considération de la situation personnelle et familiale de l’occupant par le représentant de l’Etat dans le département dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. ». La mise en demeure est assortie d’un délai d’exécution d’au moins vingt-quatre heures, ou de sept jours quand le local n’est pas le domicile du demandeur, puis l’évacuation forcée doit intervenir « sans délai » si les occupants refusent de partir.
| Étape | Action | Qui intervient | Délai ou risque |
|---|---|---|---|
| Découverte du squat | Ne pas pénétrer ni changer la serrure | Propriétaire | 3 ans et 30 000 € si expulsion sauvage |
| Plainte | Déposer plainte en décrivant l’introduction | Commissariat ou gendarmerie | Pièce obligatoire du dossier préfet |
| Constat | Faire constater l’occupation illicite | OPJ, maire ou commissaire de justice | Base de la future expulsion |
| Preuve de propriété | Fournir titre, taxe foncière, factures | Propriétaire, administration fiscale | Relais fiscal sous 72 h si besoin |
| Demande au préfet | Envoyer le dossier complet | Préfecture | Décision sous 48 h |
| Mise en demeure | Exécution ou évacuation forcée | Préfecture et forces de l’ordre | 24 h ou 7 jours selon le cas |
Quand saisir le juge : expulsion, délais et indemnité d’occupation
La voie préfectorale ne couvre pas toutes les situations : occupant qui a fait de son local professionnel son domicile, refus ou inertie du préfet, contestation de l’arrêté, besoin de fixer une indemnité. Le cabinet Kohen Avocats rappelle qu’ »En matière d’occupation illicite d’un logement, aucun texte ne prohibe le cumul entre la procédure administrative et la procédure judiciaire qui relèvent de deux polices distinctes et indépendantes. ». Le juge des référés peut ordonner l’expulsion pour faire cesser un trouble manifestement illicite, parfois sans délai de deux mois ni trêve hivernale lorsque l’entrée s’est faite par effraction ou par manœuvres sur une personne vulnérable, comme l’illustrent des décisions rendues à Bordeaux et à Paris.
Reste la question de la réparation financière. « L’indemnité due par l’occupant sans droit ni titre d’un local trouve son fondement dans la protection des droits du propriétaire et dans l’article 1240 du code civil, en raison de la faute délictuelle commise par celui qui se maintient sans droit dans les lieux. », souligne la cour d’appel de Paris, citée par Kohen Avocats. Dans cette affaire, le propriétaire, qui réclamait 2 000 euros par mois, a obtenu 700 euros mensuels depuis novembre 2022 jusqu’à la libération complète de l’appartement. A Marseille, le juge s’est aligné sur le loyer antérieur prouvé par les quittances, soit 1 247,52 euros par mois, tandis qu’à Toulouse une indemnité de 550 euros a été retenue. « Un logement occupé sans droit n’est ni une fatalité ni une affaire qui se règle à coups de changement de serrure sauvage, lequel exposerait son auteur à des poursuites. », conclut Kohen Avocats : dans les dossiers récents, ce sont les constats, plaintes, pièces fiscales et factures qui font la différence, pas la force.
En bref
- En France, un logement squatté confronte le propriétaire à un cadre pénal strict, renforcé par la loi RIPOST du 18 août 2026 et l’article 38 de la loi DALO.
- Changer la serrure, couper l’eau ou l’électricité, menacer ou évacuer de force les occupants peut constituer un délit puni de 3 ans de prison et 30 000 € d’amende.
- Entre voie préfectorale accélérée, saisine du juge et indemnité d’occupation, l’article détaille les réflexes légaux à adopter pour reprendre la main sans se mettre en danger.









